
À Kisenso, l’accès à une information fiable sur la santé sexuelle et reproductive demeure un défi pour de nombreuses familles. C’est dans cette perspective que le Cadre de Récupération et d’Encadrement pour l’Épanouissement Intégral des Jeunes (CREEIJ ASBL) a mené, durant six jours, une vaste campagne de sensibilisation dans le quartier Libération, touchant directement près de 2 000 ménages. L’initiative s’inscrit dans le cadre du projet Voies d’accès solides et durables aux soins d’avortement sécurisé et vise à renforcer les connaissances des jeunes et des parents sur leurs droits en matière de santé sexuelle et reproductive.
L’information reste le premier outil de prévention, rappellent les responsables du projet. Dans cette commune populaire de Kinshasa, souvent confrontée à un déficit d’accès aux services sociaux de base, les équipes de paires éducatrices du CREEIJ, appuyées par des relais communautaires, ont multiplié les échanges de proximité afin de combattre les idées reçues qui entourent encore la planification familiale et les Droits et Santé Sexuels et Reproductifs (DSSR).
Selon Falonne Mayoka, chargée du projet au sein du CREEIJ ASBL, l’action répond avant tout à un besoin urgent d’information.
« L’objectif est de contribuer à réduire le gap de la désinformation sur les DSSR, d’améliorer les connaissances de la population et de faciliter l’orientation vers les services de planification familiale ainsi que vers les soins complets d’avortement centrés sur la femme », explique-t-elle.
Elle se félicite également de l’accueil réservé à cette première intervention de l’organisation dans la commune de Kisenso.
« Nous avons été très bien accueillis et les échanges ont permis aux femmes, aux filles, mais aussi aux jeunes garçons de mieux comprendre leurs droits et les enjeux liés à leur avenir », souligne-t-elle.
Au-delà des séances classiques de sensibilisation, l’initiative a misé sur le dialogue entre générations. Des espaces de discussion ont réuni jeunes et adultes autour de questions souvent considérées comme sensibles dans de nombreuses familles congolaises. « Le dialogue est une passerelle entre les générations », résume un participant à ces rencontres.
Pour Viviane Malemba, vendeuse dans le quartier Libération, ces échanges ont permis de lever plusieurs incompréhensions.
« Nous avons appris que les femmes ont le droit de refuser des rapports sexuels et que les parents doivent maintenir une communication permanente avec leurs enfants. Nous avons aussi découvert que nos enfants maîtrisent parfois mieux certaines questions que nous », témoigne-t-elle.
Les jeunes participants disent également avoir tiré profit de ces discussions.
« Une bonne information peut sauver une vie », estime Blaise Lelo, habitant de Kisenso. Selon lui, la campagne a permis de rappeler l’importance de la prévention contre les infections sexuellement transmissibles ainsi que le rôle essentiel des préservatifs dans la protection de la santé.
Les préoccupations abordées lors de cette campagne demeurent particulièrement pertinentes en République démocratique du Congo. D’après les données publiées ces dernières années par les agences spécialisées des Nations unies et plusieurs organisations de santé publique, le pays continue de faire face à des défis importants en matière de mortalité maternelle, de grossesses précoces chez les adolescentes et d’accès limité aux services de planification familiale. Dans ce contexte, les experts considèrent que l’amélioration de l’information communautaire constitue un levier essentiel pour renforcer la santé des femmes et des jeunes.
Cette campagne bénéficie du soutien financier de l’organisation internationale Ipas, reconnue pour son engagement en faveur des droits reproductifs, ainsi que de l’appui de Global Affairs Canada. Elle s’inscrit dans un programme plus large visant à améliorer l’accès à la contraception et aux services de santé reproductive en République démocratique du Congo.

Cette intervention rappelle d’autres initiatives menées ces dernières années dans plusieurs provinces du pays pour promouvoir l’éducation à la santé sexuelle auprès des jeunes et renforcer l’accès aux services de planification familiale. Les acteurs du secteur estiment toutefois que les progrès réalisés ne pourront être consolidés qu’à travers une implication accrue des autorités publiques, des structures sanitaires, des écoles et des communautés locales.
À Kisenso, le passage du CREEIJ laisse entrevoir une évolution progressive des mentalités. Les organisateurs espèrent désormais que les connaissances acquises se traduiront par des comportements plus responsables et un recours accru aux services de santé disponibles. Car au-delà des chiffres, la véritable réussite de cette campagne résidera dans sa capacité à transformer durablement l’information reçue en décisions éclairées pour les familles, les jeunes et les générations futures.
Willy Ulengu Samuanda