Partenariat RDC-Gabon | À Nkok, Félix Tshisekedi regarde vers le Gabon pour repenser la filière bois en RDC

En visite de travail au Gabon, le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, s’est rendu à la Zone économique spéciale de Nkok, près de Libreville. Cette plateforme industrielle, devenue un pôle majeur de transformation du bois, offre à Kinshasa un retour d’expérience sur une question stratégique : comment faire de l’exploitation des forêts un moteur d’industrialisation sans réduire la valeur de la ressource congolaise à l’exportation de matières premières.

À Nkok, le modèle repose sur une idée simple : transformer davantage le bois sur place avant son exportation. La création de la zone s’inscrit dans la politique gabonaise engagée après la décision d’interdire l’exportation des grumes, afin de favoriser la transformation locale et d’attirer les investissements industriels. La zone accueille aujourd’hui des activités allant du sciage à des niveaux plus poussés de transformation, notamment le contreplaqué et l’ameublement.

Pour la RDC, l’intérêt de cette expérience dépasse la seule question industrielle. Le pays possède l’un des ensembles forestiers les plus importants de la planète et se trouve au cœur du Bassin du Congo. Mais cette richesse naturelle reste encore insuffisamment transformée localement. Une partie du défi consiste donc à construire des chaînes de valeur capables de créer des emplois, des recettes et des compétences sur le territoire congolais, plutôt que de laisser partir principalement des produits peu transformés.

La Zone économique spéciale pilote de Maluku pourrait, dans cette perspective, devenir l’un des espaces d’expérimentation. Créée par décret en 2012, elle est destinée à accueillir différentes activités industrielles et bénéficie d’un dispositif d’incitations destiné à attirer les investisseurs. Les autorités congolaises ont également identifié la fabrication de meubles en bois parmi les projets pouvant être développés dans cette zone.

Mais transposer Nkok à Maluku ne saurait se limiter à construire des usines. Le véritable enjeu est de relier l’industrie à une gouvernance forestière solide. Une filière bois durable suppose notamment une traçabilité fiable de la ressource, le respect des règles d’exploitation, la protection des écosystèmes à haute valeur écologique et la prise en compte des communautés qui dépendent directement des forêts.

L’expérience gabonaise montre d’ailleurs qu’une politique industrielle peut modifier profondément l’organisation d’une filière. Selon les données citées par la CITES, la production forestière gabonaise a fortement progressé entre 2014 et 2022, tandis que la transformation industrielle s’est développée avec la montée en puissance de Nkok. Ces résultats ne dispensent toutefois pas d’un suivi environnemental rigoureux : davantage de transformation locale ne signifie pas, à elle seule, que la pression exercée sur les forêts diminue.

Pour la RDC, la leçon de Nkok pourrait donc être moins « produire davantage » que « produire mieux ». L’objectif serait de construire une industrie capable de valoriser chaque arbre exploité, tout en réduisant les pertes, en créant des emplois locaux et en garantissant que l’exploitation forestière reste compatible avec la conservation des forêts du Bassin du Congo.

La visite de Félix Tshisekedi au Gabon ouvre ainsi une réflexion plus large sur l’avenir de la filière bois congolaise. Entre protection des forêts, industrialisation et création d’emplois, Kinshasa devra trouver un équilibre. Le défi sera de transformer la richesse forestière en richesse économique durable, sans transformer la forêt elle-même en variable d’ajustement du développement.

 

Freddy Millions Mbwebwe

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