Expo Béton | Pour Kizito Pakabomba, il faut transformer les minerais et repenser les corridors sud de la RDC

Sous les lambris flambants neufs de l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga, un air de reconquête flotte sur Expo Béton. Du 16 au 19 avril, cette grand-messe de l’infrastructure et du béton armé a rassemblé tout ce que la RDC compte de décideurs techniques et politiques. En première ligne : Kizito Pakabomba, Ministre des Mines, venu secouer la torpeur logistique d’un pays encore trop lent à se réinventer.

La 9e édition, placée sous le sceau des corridors sud RDC–SADC, a été ouverte par le Président Félix Tshisekedi en personne. Une présence présidentielle qui ne trompe pas : le pouvoir veut faire des routes, rails et ports du sud non plus des passoires à minerais bruts, mais les artères d’une économie transformée, industrialisée.

Face à un parterre d’experts, Pakabomba a joué la carte de la lucidité.

« Là où l’Angola privatise à tout-va, attirant capitaux et délais réduits, la RDC, elle, s’enlise dans les schémas publics lourds et rigides », tacle-t-il.

À ses yeux, le retard congolais est aussi structurel que politique. Car sans réformes audacieuses, pas de miracle économique sur l’axe Lubumbashi–Beira.

Mais au-delà du diagnostic, le Ministre a esquissé une feuille de route. Clé de voûte : stopper l’hémorragie des minerais à l’état brut. À Kolwezi, il veut voir surgir des zones économiques spéciales, des fonderies, des usines de composants pour batteries électriques. Une manière de raccrocher les wagons de la chaîne de valeur mondiale – au-delà du rôle de simple extracteur.

Plus inattendu, le patron des Mines a glissé un plaidoyer pour l’agriculture. Car à quoi bon bitumer des routes si c’est pour exporter du cuivre, mais continuer à importer du maïs ? Les corridors, dit-il, doivent aussi désenclaver les campagnes, irriguer des pôles agro-industriels, et sortir des millions de Congolais de l’informalité.

Le Ministre ne rêve pas seul : c’est toute la vision de Tshisekedi qu’il déroule – celle d’un pays transformé de l’intérieur, où le béton ne recouvre pas seulement les carences, mais trace l’avenir. Entre utopie technocratique et ambition politique, la RDC se cherche un couloir vers elle-même. Encore faut-il oser s’y engager.

 

LUKEKA KALUME

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