À la veille de sa mort, le pape François a réitéré son appel au retour de la paix en RDC

Dimanche, il bénissait encore la foule depuis sa papamobile, visiblement affaibli mais debout. Lundi matin, le pape François est mort à l’âge de 88 ans, après un pontificat qui aura tenté, non sans résistance, de réconcilier l’Église avec le monde.

La scène avait des allures d’adieu. Ce dimanche de Pâques, le pape François est apparu à la fenêtre du Palais apostolique, amaigri, fatigué, mais présent. À bord de sa papamobile, il avait tenu à saluer les quelque 50 000 fidèles venus place Saint-Pierre pour la bénédiction « Urbi et Orbi » — à la ville et au monde. Une dernière communion avec le peuple de Dieu, sous le ciel romain, avant le silence définitif.

Ce lundi 21 avril, à 7h35, la nouvelle est tombée, sobre et grave :

« C’est avec une profonde tristesse que je dois annoncer le décès de notre Saint-Père François », a déclaré le cardinal Kevin Farrell, sur la chaîne du Vatican.

Le souverain pontife s’est éteint dans sa 88e année.

Affaibli depuis plusieurs mois, le pape François n’a pas célébré la messe pascale — une entorse aux traditions — mais a tenu à prononcer sa bénédiction, et surtout son message de Pâques. Fidèle à sa ligne morale et géopolitique, il y a une nouvelle fois plaidé pour les oubliés, les assiégés, les peuples meurtris.

À Gaza, d’abord, où « trop de sang a coulé », et en Afrique, « continent trop souvent exploité, trop souvent ignoré ». Il a cité le Sahel, les attentats, la fuite des peuples, et, dans un passage particulièrement remarqué, la République Démocratique du Congo. Un pays qu’il n’a jamais cessé de porter dans ses prières : « Que la paix règne en RDC, blessée par les violences », disait-il déjà lors de sa bénédiction pascale de 2022.

Il devait s’y rendre, ainsi qu’au Soudan du Sud, en juillet de cette même année. Un voyage finalement reporté pour raisons de santé. Mais son message restait intact :

« Que l’Afrique trouve enfin un soutien concret dans la fraternité des peuples. »

Élu en 2013 à la suite de la renonciation historique de Benoît XVI, Jorge Mario Bergoglio est le premier pape jésuite, le premier venu de l’hémisphère sud, et le premier à choisir le nom de François — en hommage à l’homme d’Assise, chantre de la pauvreté et des exclus.

Dès ses premiers gestes, il désarçonne : pas de trône, pas de limousine, pas de fastes. Il revient avec les cardinaux en bus, loge dans une maison modeste, refuse les dorures. Il veut une Église « pauvre, et pour les pauvres ». Mais à Rome, les habitudes ont la peau dure. Les résistances sont vives, en particulier sur les dossiers brûlants : réforme de la curie, lutte contre les abus, place des femmes, morale sexuelle. Il avance, recule, piétine parfois. Mais toujours parle.

Et cette parole, malgré tout, a porté : chez les migrants, les prisonniers, les peuples en guerre. À ceux qu’on n’écoute jamais, François a tendu l’oreille — et souvent, la main.

Bergoglio savait qu’il n’était pas un homme parfait, ni même un réformateur radical. Mais il était un homme du réel, capable de tango, de silence, de pardon. Ancien videur de boîte de nuit, ancien chimiste, fils d’Italiens ayant fui le fascisme, il incarne une Église qui vacille, mais qui regarde enfin au-delà des murs du Vatican.

Lundi matin, Rome s’est réveillée orpheline. Mais pour beaucoup, François restera ce pape venu d’ailleurs, qui parlait avec les tripes, prêchait les marges et bousculait les certitudes. Un homme debout, jusqu’au bout, malgré la fatigue, malgré les douleurs.

BASILE MUYA 

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