
Un courrier qui fume, une signature qui vacille, un ministre sur la corde raide. Constant Mutamba, figure flamboyante du gouvernement Suminwa, s’enfonce un peu plus dans la tourmente. En cause : la fuite explosive d’un document estampillé « secret », où le ministre de la Justice réclame 450 000 dollars pour organiser… le procès de Joseph Kabila.
Oui, Kabila. L’ancien président, sénateur à vie, accusé participation directe à l’agression menée par le Rwanda à travers les mouvements terroristes AFC/M23. Un procès hors norme, que Mutamba veut spectaculaire – avec influenceurs, relais médiatiques, audience foraine et biens saisis à la pelle.


Le courrier, daté mais jamais officiellement diffusé, est clair comme une consigne : « 50 000 dollars » pour assurer la com du procès – comprendre, des spots télé, des manchettes de journaux et une armée de relayeurs numériques. En filigrane : la volonté de juger autant que de montrer. La justice en prime-time.
La lettre, adressée au ministre du Budget, ressemble à un acte de guerre judiciaire. Mais la fuite du document, sur les réseaux sociaux, interroge. Qui l’a lâché ? Pourquoi maintenant ? Et surtout, dans quel but ?
Le timing, lui, ne trompe pas. Moins de 24 heures plus tôt, Mutamba déposait à l’Assemblée un projet de loi pour créer un tribunal spécial contre les crimes économiques. Un texte ambitieux, presque trop, dans un pays où les élites économiques et politiques se tiennent la main dans l’ombre des deals. De là à dire que l’ancien opposant devenu ministre dérange, il n’y a qu’un pas.

Mais, les chiffres parlent fort. 130 000 dollars pour identifier les biens de Kabila. 70 000 pour « collectionner les faits infractionnels ». Et 150 000 pour les audiences. Un procès comme un spectacle, ou comme une purge ? L’opinion, elle, se divise. Certains congolais crient à la manœuvre politique, d’autres saluent enfin une volonté de casser l’impunité.
Constant Mutamba, lui, reste droit dans ses bottes. Pour combien de temps encore ? Car en politique, l’étoile du matin peut vite devenir la cible de l’après-midi. Et ce document classé secret pourrait bien être son talon d’Achille.