
Alors que la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda ont signé un accord de paix à Washington sous médiation américaine, les réactions sont partagées. Si le texte suscite de l’espoir quant à une désescalade des violences dans l’Est de la RDC, plusieurs analystes congolais appellent à la prudence.
Parmi eux, le professeur Martin Ziakwau Lembisa, chercheur spécialisé dans les dynamiques sécuritaires de la région, alerte sur les zones d’ombre de l’accord. Pour lui, ce traité marque peut-être un pas vers la fin des hostilités, mais risque d’entraîner des concessions lourdes en matière de justice et de souveraineté nationale.
Selon son analyse, trois éléments posent problème :
- La légitimation du mouvement M23/AFC, considéré comme un groupe armé à l’origine de nombreuses exactions ;
- La marginalisation possible des forces d’autodéfense dites ‘Wazalendo’, pourtant actives dans la protection communautaire ;
- La reconnaissance implicite du soutien de Kinshasa aux FDLR, groupe également accusé d’actes criminels dans la région.
Plus préoccupant encore, l’absence remarquée de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) dans le processus, pourtant considérée comme un acteur clé de la stabilité régionale.
Pour que la paix soit durable, le professeur Ziakwau recommande une série de mesures internes :
- L’activation de la réserve de défense ;
- Le relancement du programme de désarmement communautaire ;
- L’organisation d’un grand forum national de réconciliation ;
- Et surtout, la lutte contre la corruption pour rétablir la légitimité de l’État.
“Washington n’est peut-être qu’une étape”, conclut-il. “La paix réelle se construira sur le terrain, dans la vérité, la justice et une souveraineté retrouvée.”
Dan Banze Lwaba