
L’enthousiasme des artistes, suscité à l’inauguration du Centre Culturel et Artistique pour les Pays de l’Afrique Centrale, CCAPAC, en décembre 2024 par le Chef de l’Etat, a tourné en dérision.
Conçu et lancé pour assurer et favoriser l’éclosion des talents artistiques à travers un accès aisé à ses espaces de production et d’exposition des valeurs culturelles et créatives, le CCAPAC s’est paradoxalement révélé ce jour, une machine à sous pour ses gestionnaires.
Tarif purement commercial
Avec un tarif hors bourse de la grande majorité des artistes congolais, appliqué pour l’occupation ou utilisation de différents espaces offerts par ce Centre, cet investissement, fruit de la Coopération sino-congolaise, s’est transformé en un véritable business, procurant à ses gestionnaires provisoires, une aisance financière remarquable au grand dam des artistes.
L’opinion n’est pas loin de constater carrément que l’actuelle gouvernance du Centre navigue à contre-courant de sa mission essentielle, de l’intention première du Gouvernement.
Sur l’ensemble d’activités organisées au Centre Culturel depuis plus d’une année, moins de 20% consacré aux activités purement culturelles. Les prix de location des espaces représentent des chiffres effrayants pour les artistes dans leur large majorité : 7.000 $ US, 12.000 $ US, 25.000 $ US, 30.000 $US.
A la place, il a été recensé la location ou l’occupation non gratuite de ses espaces par les Ministères, les services publics et autres structures pour les activités n’ayant en réalité aucun lien avec la promotion culturelle.
A vrai dire, le Centre Culturel s’est transformé en un complexe des « salles de fêtes » en location. Les activités purement culturelles et les artistes n’y ont pas trouvé leur place.
N’est-ce pas qu’un recadrage apparaît nécessaire et urgent pour restaurer la mission intrinsèque de ce cadre de promotion et valorisation de la culture ?
Dilapidation de plus de 1 million de dollars américains
Pire, de sources crédibles internes de ce Centre, il est fait état de la mobilisation cumulée de plus d’un million de dollars américains ($US 1.000.000) au cours de l’année 2025, première année d’activités du Centre. Au même moment, la consommation quasi-totale de cette colossale somme pose la question essentielle de son utilisation, même si, à en croire les gestionnaires, il n’y a eu aucun appui financier de l’État à la même période.
Les limiers ont révélé des réalités qui dépassent tout entendement pour toute gestion financière responsable. Même des personnes non initiées trouveraient de la matière pour une critique justifiée.
Comment admettre, par exemple, pour un Centre qui ne dispose pas d’une machine administrative proprement dite, puisse dépenser près de 15.000 $US pour les « petits matériels de bureau » en un mois? C’est écœurant.
Des sommes colossales payées à titre de « transport pour le Personnel » suscitent la curiosité des observateurs.
Comment admettre, pour un seul mois, l’affectation de 50.000 $US au transport des agents dont l’effectif demeure un mystère, avec une présence physique imaginaire sur le lieu de travail ; ce, en dehors d’autres montants importants pour ‘la prime », l’entretien,….?
Donc, la gouvernance du Centre se comporte en une véritable machine à fabriquer les chiffres pour justifier la forfaiture, la dilapidation, mieux le détournement des fonds publics. Les recettes générées par ce service public sont la propriété de l’Etat et non une partie du patrimoine des individus, soient-ils gestionnaires patentés « Fidèles serviteurs du Père de la Nation ‘, connu pour son combat contre les antivaleurs et autres affameurs du peuple.
Ici, les autorités publiques compétentes sont vivement et doublement interpellées pour restaurer ce Centre dans sa vocation intrinsèque d’un espace accessible au grand nombre des créateurs d’œuvres de l’esprit, et pour enquêter sur l’utilisation de plus de 1.000.000 $US encaissés.
Omerta ou incapacité d’agir ?
Est-ce que les autorités compétentes se sont fait imposer l’omerta ou seraient carrément dans l’incapacité d’imposer la bonne gouvernance au sein de ce Centre ?
Les premiers pas de la gestion se révèlent chaotiques et compromettants pour l’avenir de ce Centre.
L’IGF, nantie des prérogatives d’enquêter et contrôler l’utilisation des fonds publics, devrait ouvrir l’œil sur ce cas sérieux et fixer le monde culturel sur la gestion de ce « patrimoine commun’.
La saisine d’office serait-elle interdite ce jour ou partie avec le départ du « Fils de Mai-Ndombe ?
Les autorités gouvernementales seraient-elles complaisantes ou parties prenantes dans ce débâcle, avec un lendemain inexorablement nuageux pour le Centre ?
Le défi reste à relever du côté des gouvernants dans l’intérêt du peuple en général, et du monde culturel en particulier. L’heure est venue pour arrêter l’hémorragie avant qu’il ne soit trop tard.
A chacun de jouer sa partition.
Les Limiers de la République.