RDC-Chine | La société civile appelle à un contrôle parlementaire accru sur l’accord Sicomines

Réunis lors d’une tribune d’expression populaire, les mouvements citoyens Lucha et Filimbi, appuyés par le consortium « Le Congo n’est pas à vendre » (CNPAV), ont fustigé le déséquilibre persistant de la convention sino-congolaise. Malgré la signature récente d’un cinquième avenant, les activistes réclament une gestion interministérielle et une transparence accrue sur les exonérations fiscales accordées aux entreprises chinoises.

Le contrat du siècle continue de diviser. À Kinshasa, la société civile s’est mobilisée pour vulgariser une note d’analyse du CNPAV portant sur la renégociation des accords entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Groupement d’entreprises chinoises (GEC). Pour les membres des mouvements Lucha et Filimbi, le compte n’y est toujours pas. Si l’avenant signé en mars 2024 a revu à la hausse les ambitions d’investissement dans les infrastructures passant à 7 milliards de dollars la structure même du contrat demeure, selon eux, au détriment de l’État congolais.

Un déséquilibre structurel persistant
Au cœur des critiques : la répartition du capital de la Sicomines, restée inchangée à 32 % pour la partie congolaise contre 68 % pour ses partenaires chinois. Christophe Mouissa, membre de Filimbi, souligne que l’apport de la RDC, constitué de gisements miniers stratégiques de cuivre et de cobalt, est sous-évalué face aux capitaux et prêts apportés par la Chine. « Après 18 ans, seulement 27 % des infrastructures prévues auraient été réalisées », avance-t-il, pointant un décalage flagrant entre l’exploitation des ressources et le développement visible sur le terrain.

L’écueil des exonérations et de la gestion centralisée
L’autre point de friction majeur concerne le régime fiscal. Les entreprises chinoises opérant sous ce régime bénéficieraient de larges exonérations, échappant ainsi aux réformes rigoureuses introduites par le Code minier de 2018. Cette situation, qualifiée de manque à gagner systémique , est aggravée par le mode de gouvernance du dossier. La société civile déplore que la gestion de la Sicomines soit concentrée au niveau de la Présidence de la République, court-circuitant ainsi les ministères techniques (Mines, Infrastructures) et, par extension, le contrôle parlementaire.

Vers une mobilisation nationale
L’objectif de cette tribune était clair : inciter la jeunesse et les étudiants à s’approprier les enjeux de la souveraineté économique. Pour les organisateurs, la transparence ne pourra être effective que si le Parlement se saisit du dossier pour auditer les flux financiers et l’impact réel des infrastructures livrées. En appelant à une révisitation plus profonde, le consortium espère transformer ce contrat de troc en un véritable levier de croissance inclusive, loin des opacités contractuelles des deux dernières décennies.

Willy Ulengu Samuanda

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