RDC-Belgique | Bras de fer autour des archives géologiques de Tervuren

L’accès aux données minières coloniales conservées à l’AfricaMuseum de Bruxelles oppose la société américaine KoBold Metals au gouvernement belge. Entre accusations de « colonialisme numérique » et impératifs de souveraineté, le contrôle des minerais stratégiques congolais se joue désormais dans les bibliothèques.

BRUXELLES – Un demi-kilomètre de rayonnages contenant des cartes jaunies et des relevés géologiques datant de l’époque coloniale est devenu l’épicentre d’une bataille technologique et diplomatique. Ces documents, conservés dans les sous-sols de l’AfricaMuseum de Tervuren, contiennent les secrets du sous-sol de la République démocratique du Congo (RDC). Aujourd’hui, KoBold Metals, une start-up californienne spécialisée dans l’exploration minière par intelligence artificielle (IA), exige d’y accéder, se heurtant au refus catégorique de Bruxelles.

Un veto politique
Le gouvernement fédéral belge, par la voix de sa ministre du Numérique et de la Politique scientifique, Vanessa Matz, a opposé une fin de non-recevoir à la société américaine. Bruxelles justifie cette décision par le refus d’octroyer un « accès privilégié et exclusif » à une entité privée étrangère sans lien contractuel direct. Pour la Belgique, ces données revêtent un caractère stratégique qui dépasse le simple cadre de la recherche académique.

L’argument de la souveraineté
De son côté, KoBold Metals, qui compte parmi ses investisseurs Bill Gates et Jeff Bezos, rejette ces accusations. Benjamin Katabuka, directeur de l’entreprise en RDC, soutient que cette démarche s’inscrit dans un partenariat avec le gouvernement congolais pour accélérer la découverte de gisements de métaux critiques (cobalt, cuivre, lithium). L’entreprise dément toute volonté d’exclusivité, affirmant agir pour le compte de l’État congolais dans sa quête de valorisation de ses ressources.

Le spectre du colonialisme numérique
Ce conflit soulève la question épineuse de la restitution des données. Si la Belgique a entamé un processus de restitution de certains biens culturels, les données géologiques restent dans une zone grise juridique. Pour Kinshasa, l’enjeu est double : récupérer la connaissance de son propre sol pour ne plus dépendre d’expertises étrangères, tout en évitant qu’une firme privée ne s’approprie, via l’IA, un avantage compétitif sur des ressources nationales.

Willy Ulengu Samuanda

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