Vingt-quatre ans après son adoption, le Code forestier de la République démocratique du Congo (RDC) entame sa mue. Depuis le 12 mai, le Jardin botanique de Kisantu accueille une retraite technique cruciale visant à harmoniser le « draft zéro » de la future loi. Entre enjeux climatiques, marchés du carbone et droits des populations autochtones, cette révision doit transformer l’arsenal juridique congolais en un outil de gouvernance moderne, capable de répondre aux exigences de la finance verte internationale.
L’obsolescence du cadre légal de 2002 n’est plus à démontrer. Face à l’urgence climatique, la Secrétaire générale à l’Environnement, représentant la ministre Marie Nyange Ndambo, a lancé les travaux avec un objectif clair : faire coïncider la loi avec l’ambition de la RDC comme rempart écologique mondial. Ce n’est plus seulement une question de gestion de bois d’œuvre, mais une véritable architecture de « l’économie du climat » qui se dessine sous les ombrages de Kisantu.
Le processus, soutenu par des partenaires stratégiques tels que le FONAREDD, CAFI et le PNUD, s’articule autour de quatre piliers : la sécurisation juridique, l’intégration des crédits carbone, la transparence des concessions et l’équité dans le partage des revenus. La méthode est chirurgicale : un examen « article par article » pour arbitrer entre les différentes versions accumulées depuis les premières tentatives de révision en 2020.
Au-delà de la simple mise à jour technique, les experts s’attaquent à des dossiers brûlants. Le statut juridique des tourbières de la Cuvette centrale, véritables bombes à carbone, ainsi que l’alignement avec le Règlement européen sur la déforestation (EUDR), figurent en haut de l’agenda. Il s’agit également d’ancrer la Loi de 2022 sur les droits des peuples autochtones au cœur du dispositif forestier, garantissant que la conservation ne se fasse plus au détriment des gardiens ancestraux de la forêt.
Cette retraite de cinq jours est l’aboutissement d’une maturation entamée en février dernier à Kinkole. En cherchant un consensus technique avant l’étape politique du Conseil Consultatif National des Forêts (CCNF), le gouvernement tente de verrouiller la crédibilité de sa réforme. L’enjeu est de taille : pour attirer les investissements massifs promis par la finance climatique, la RDC doit offrir un cadre légal sans zones d’ombre, où la traçabilité du bois et l’intégrité des crédits carbone sont garanties par la loi.
Si le texte issu de Kisantu parvient à stabiliser ces équilibres précaires, la RDC disposera enfin d’un instrument à la hauteur de ses 155 millions d’hectares de forêts. Un saut qualitatif nécessaire pour que le slogan de « Pays solution » ne soit plus une simple formule diplomatique, mais une réalité économique et juridique tangible.
Willy Ulengu Samuanda