
Alors que l’opposition congolaise maintient son projet de déposer une plainte contre le président Félix Tshisekedi pour ce qu’elle qualifie de « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel », le vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, est monté au créneau pour dénoncer une démarche qu’il juge déconnectée des priorités actuelles du pays. Selon plusieurs déclarations publiques de l’opposition ces derniers jours, cette plainte s’inscrit dans le cadre de son opposition aux débats sur une éventuelle réforme constitutionnelle.
Pour Jean-Pierre Lihau, le contexte national exige davantage de cohésion que de confrontations politiques.
« La véritable bataille est celle de la défense du territoire national », estime-t-il en substance.
Le membre du gouvernement considère que l’attention des responsables politiques devrait être concentrée sur la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, où les affrontements armés continuent d’alimenter l’instabilité et les déplacements de populations.
Dans une déclaration au ton particulièrement ferme, le vice-Premier ministre affirme que la seule plainte susceptible de rassembler l’ensemble des Congolais devrait viser ceux qu’il considère comme les responsables de l’agression subie par la RDC. Il a notamment cité le président rwandais Paul Kagame, régulièrement accusé par Kinshasa de soutenir les groupes armés actifs dans l’Est du pays.
« L’heure est à la défense de la souveraineté nationale », soutient le camp gouvernemental.
Jean-Pierre Lihau compare la situation actuelle à celle d’un avion traversant une zone de fortes turbulences. Dans cette métaphore, Félix Tshisekedi apparaît comme le pilote chargé de conduire le pays à travers une période particulièrement difficile. « On ne déstabilise pas le commandement en pleine tempête », laisse entendre le ministre, qui juge inopportunes les initiatives judiciaires dirigées contre le chef de l’État dans un contexte marqué par les défis sécuritaires.
Selon lui, cette offensive politique pourrait produire l’effet inverse de celui recherché par ses initiateurs. Une partie de l’opinion publique, préoccupée avant tout par la paix, la sécurité et le retour de l’autorité de l’État dans les zones affectées par les conflits, pourrait percevoir cette démarche comme une diversion par rapport aux préoccupations immédiates des citoyens.
« Les Congolais attendent des solutions avant les polémiques », estiment plusieurs cadres de la majorité présidentielle.
Cette sortie médiatique illustre une nouvelle fois le fossé qui sépare la majorité et l’opposition sur la lecture de la situation nationale. Depuis plusieurs semaines, le débat autour d’une éventuelle réforme de la Constitution a ravivé les tensions politiques. Réunie au sein de la Coalition Article 64 (C64), l’opposition a annoncé le dépôt d’une plainte contre Félix Tshisekedi ainsi qu’un sit-in devant le Palais du peuple afin de dénoncer ce qu’elle considère comme une menace contre l’ordre constitutionnel.
De son côté, le pouvoir rejette ces accusations et défend la légitimité du débat politique autour des institutions. Cette divergence de vues alimente depuis plusieurs mois un climat de méfiance entre les deux camps, dans un contexte où la question sécuritaire demeure au centre des préoccupations nationales.
Cette séquence politique rappelle d’autres périodes de fortes tensions institutionnelles observées en RDC, notamment lors des débats électoraux de 2018, des contestations postélectorales ou encore des désaccords autour des réformes institutionnelles intervenues au cours des dernières années. À chaque fois, les divergences entre majorité et opposition se sont cristallisées autour de la préservation des institutions et de l’interprétation des dispositions constitutionnelles.
Pour l’avenir, plusieurs observateurs estiment que l’évolution de cette affaire dépendra autant des initiatives judiciaires annoncées par l’opposition que de la capacité des acteurs politiques à préserver un espace de dialogue. Dans un pays confronté simultanément aux défis sécuritaires, économiques et sociaux, la recherche d’un consensus minimal sur les questions d’intérêt national apparaît comme l’un des principaux enjeux des mois à venir. Car au-delà des affrontements politiques, une préoccupation demeure commune à l’ensemble des Congolais : la stabilité du pays et le retour durable de la paix dans les provinces affectées par les conflits armés.
Dan Banze Lwaba