À Kinshasa, Jean Alain Masela transforme les déchets plastiques en œuvres d’art pour éveiller les consciences environnementales

Après plusieurs jours d’exposition et d’échanges autour de l’art et de l’environnement, « Bikeko ya Kopal 1 » a fermé ses portes le 7 juin à Kinshasa, laissant derrière elle un message fort : les déchets plastiques peuvent devenir un outil de sensibilisation citoyenne. Portée par l’artiste congolais Jean Alain Masela avec l’appui de plusieurs structures culturelles et environnementales, cette initiative a mis en lumière une démarche artistique qui allie création, recyclage et engagement écologique.

« Transformer ce qui pollue en ce qui sensibilise », telle est la philosophie qui a guidé cette exposition organisée en collaboration avec Moyako, Les Ateliers Empreinte, la pépinière Mbila ya Mboka Kongo, Bokeli et Autour du Baobab. Pendant plusieurs jours, les visiteurs ont découvert des sculptures réalisées à partir de bouteilles en plastique et d’autres déchets récupérés, détournés de leur destination habituelle pour devenir des œuvres porteuses de sens.

À travers chacune de ses créations, Jean Alain Masela invite le public à réfléchir aux conséquences de la pollution plastique et à la responsabilité collective face à la gestion des déchets.

« Les bouteilles en plastique sont un problème pour notre environnement. Mes œuvres servent à attirer l’attention du public sur cette réalité », explique l’artiste, dont le travail s’inscrit dans une démarche à la fois esthétique et éducative.

Architecte d’intérieur et designer de formation, Jean Alain Masela raconte que son parcours dans l’art du recyclage est né d’une observation du quotidien. En voyant son épouse écraser des bouteilles en plastique pour gagner de l’espace lors du stockage, il a commencé à percevoir autrement ce matériau généralement considéré comme un simple déchet.

« J’ai commencé à voir dans ces déchets une matière sculpturale », confie-t-il. Cette intuition s’est progressivement transformée en un véritable projet artistique, encouragé par son entourage et nourri par des années d’expérimentation.

Les œuvres exposées racontaient chacune une histoire différente. Certaines dénonçaient la surconsommation et la prolifération du plastique, tandis que d’autres mettaient en lumière les conséquences environnementales de la mauvaise gestion des déchets.

« Chaque sculpture porte une question adressée à la société », résume l’artiste à travers sa démarche créative.

Sur le plan technique, le sculpteur a développé une méthode de fabrication fondée sur la réutilisation des matériaux collectés. Les bouteilles sont d’abord aplaties puis assemblées à l’aide de vis, avant d’être peintes et consolidées grâce à un procédé limitant au maximum l’impact environnemental.

« L’objectif est de valoriser les déchets sans créer une nouvelle forme de pollution », souligne-t-il.

La clôture de « Bikeko ya Kopal 1 » intervient dans un contexte marqué par les préoccupations mondiales liées à la pollution plastique. Quelques jours auparavant, le 5 juin, la communauté internationale célébrait la Journée mondiale de l’environnement, une initiative portée par les Nations unies pour mobiliser citoyens, institutions et gouvernements autour de la protection de la planète. Cette année encore, la lutte contre la pollution plastique figurait parmi les principaux messages relayés à travers le monde.

Dans ce contexte, l’exposition de Kinshasa apparaît comme une contribution locale à un défi global. En donnant une seconde vie à des milliers de bouteilles destinées à être jetées, Jean Alain Masela illustre concrètement les principes de réduction, de réutilisation et de recyclage des déchets.

« L’art peut devenir un langage universel pour parler de l’environnement », estiment plusieurs acteurs impliqués dans le projet.

Les organisateurs rappellent également que cette initiative n’aurait pas vu le jour sans l’implication de nombreux partenaires et bénévoles. L’artiste a notamment salué le soutien financier et logistique de Moyako ainsi que la mobilisation de familles, d’amis et de communautés religieuses qui participent régulièrement à la collecte des bouteilles utilisées dans ses créations. Fait notable, la majorité des matériaux proviennent directement des ménages, démontrant l’importance du tri à la source dans la gestion des déchets urbains.

Cette exposition s’inscrit dans une dynamique de plus en plus visible en République démocratique du Congo, où plusieurs artistes et organisations utilisent désormais l’art comme outil de sensibilisation aux enjeux environnementaux. Ces dernières années, diverses initiatives culturelles ont mis l’accent sur l’assainissement urbain, la protection des écosystèmes et la valorisation des déchets recyclables, particulièrement à Kinshasa où la question de la gestion des déchets demeure un défi majeur.

L’avenir de cette démarche pourrait désormais dépasser le cadre d’une simple exposition. À travers le succès de « Bikeko ya Kopal 1 », Jean Alain Masela ouvre la voie à de nouvelles collaborations entre artistes, acteurs environnementaux et institutions éducatives. Une perspective qui pourrait contribuer à renforcer la sensibilisation écologique auprès des jeunes générations et à faire de l’art un acteur à part entière de la transition environnementale en République démocratique du Congo.

Au terme de cette première édition, une certitude demeure : derrière chaque bouteille abandonnée se cache peut-être une œuvre capable de raconter l’histoire d’une société confrontée à l’urgence écologique. Et à Kinshasa, Jean Alain Masela entend continuer à démontrer que la créativité peut parfois offrir une seconde vie aux déchets tout en éveillant les consciences.

Willy Ulengu Samuanda

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