Luiza, de territoire enclavé à territoire d’avenir | Quelles richesses transmettre à la prochaine génération ?

Le territoire de Luiza, au Kasaï-Central, dispose de plusieurs atouts qui pourraient lui permettre de changer durablement de trajectoire : une importante vocation agricole, des ressources minières, une position d’échanges avec les territoires voisins, une diversité culturelle et linguistique, mais surtout une jeunesse capable de porter son développement. La question est désormais de savoir comment transformer ces potentialités en emplois, en infrastructures et en opportunités durables pour les générations futures.

Longtemps confronté à l’enclavement et au déficit d’infrastructures, Luiza reste fortement dépendant de l’agriculture et du commerce. Les cultures vivrières, notamment le maïs, le manioc, l’arachide, le niébé et l’huile de palme, constituent une partie importante de l’économie du Kasaï-Central. Le commerce occupe également une place importante à Luiza, notamment dans les échanges avec les autres territoires et les zones frontalières.

Le premier grand chantier pour Luiza est donc celui de la transformation agricole. Il ne suffit plus de produire et d’évacuer les récoltes. Le territoire gagnerait à développer des unités de transformation du maïs, du manioc, de l’huile de palme, des arachides et d’autres productions locales. Une telle stratégie permettrait de créer des emplois sur place, d’augmenter les revenus des producteurs et de réduire les pertes liées aux difficultés d’évacuation.

Les infrastructures seront déterminantes. Dans le cadre du PDL-145T, les prévisions pour Luiza comprennent notamment 100 kilomètres de routes de desserte agricole à réhabiliter, 200 kilomètres à entretenir, une mini-centrale solaire, huit forages et cinq marchés modernes. Ces investissements constituent une base intéressante, mais leur impact dépendra de leur réalisation effective, de leur entretien et de leur utilisation par les communautés.

Le deuxième potentiel se trouve dans l’énergie. Avec l’extension de solutions solaires adaptées aux villages et aux centres de production, Luiza pourrait progressivement réduire son déficit énergétique et favoriser l’apparition de petites entreprises locales : moulins, ateliers, chambres froides, unités de transformation agricole, services numériques et activités artisanales. Le développement rural ne peut en effet être durable sans énergie accessible.

L’or représente une autre richesse importante, mais également un défi. Des activités de prospection et d’exploitation aurifère sont actuellement signalées dans le territoire. Une mission de prospection menée par la société Belenco avait notamment été annoncée en 2025. Mais les récentes tensions autour de certains sites aurifères et les interrogations soulevées par des enquêtes journalistiques montrent qu’une exploitation minière mal encadrée pourrait davantage alimenter les conflits qu’améliorer les conditions de vie des populations.

L’enjeu n’est donc pas simplement de savoir combien d’or se trouve sous le sol de Luiza. Il est de savoir qui l’exploite, dans quelles conditions, selon quelles autorisations et surtout quelle part de cette richesse revient réellement aux communautés. La transparence, la protection de l’environnement, la sécurité des travailleurs et la redistribution locale des revenus devraient être au cœur de toute politique minière.

Luiza possède aussi une richesse moins visible : sa diversité culturelle. Ses différents parlers, ses communautés, ses traditions coutumières et ses réseaux historiques d’échanges constituent un patrimoine qui mérite d’être documenté et transmis. Cette diversité pourrait devenir un atout culturel, touristique et académique si elle est mieux valorisée.

Son histoire constitue également un patrimoine. Les terres, les pratiques agricoles, les savoirs traditionnels, les récits des anciens, les langues locales, les mécanismes coutumiers de résolution des conflits et les traditions artisanales ne devraient pas disparaître avec les générations. Ils peuvent servir de base à un véritable travail de mémoire et de transmission.

Le développement de Luiza devra enfin passer par sa jeunesse. Plutôt que de voir partir les jeunes vers Kananga, Kinshasa, Lubumbashi ou d’autres centres urbains à la recherche d’un emploi, le territoire doit progressivement créer les conditions pour que certains puissent construire leur avenir sur place. La formation professionnelle, l’entrepreneuriat agricole, les métiers du numérique, l’artisanat, l’élevage, la transformation des produits locaux et les petites industries peuvent constituer des pistes concrètes.

C’est peut-être là que se trouve la véritable question de l’avenir de Luiza : non pas seulement comment exploiter ses richesses, mais comment les transformer en capital humain, en emplois et en infrastructures sans épuiser le territoire.

Les générations futures ne jugeront pas uniquement Luiza sur la quantité d’or extraite de son sous-sol ou de produits agricoles sortis de ses champs. Elles pourront aussi demander ce que leurs prédécesseurs auront laissé derrière eux : des routes ou des pistes impraticables, des écoles fonctionnelles ou des bâtiments abandonnés, des terres préservées ou dégradées, des jeunes formés ou contraints à l’exode.

Luiza possède déjà une partie des ressources nécessaires à son développement. Son véritable défi est désormais de transformer ces richesses en un projet collectif capable de faire parler du territoire autrement : non plus seulement comme une terre enclavée ou un espace de ressources, mais comme un territoire agricole, culturel, minier et humain capable de construire son propre avenir.

 

Willy Ulengu Samuanda

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.