Manono | La RDC exporte son premier lithium pendant que la bataille juridique se poursuit

La République démocratique du Congo a officiellement fait son entrée sur le marché mondial du lithium. À Manono, dans le Tanganyika, les premières cargaisons quittent désormais le pays, tandis que les différends hérités de l’ancien projet porté par AVZ Minerals continuent de se jouer devant les instances arbitrales internationales.

À Manono, le temps industriel a pris de vitesse le temps judiciaire.

Depuis mai 2026, l’usine de Manono Lithium traite ses premiers minerais. Le 22 juillet, le Centre d’expertise, d’évaluation et de certification des substances minérales précieuses et semi-précieuses (CEEC) a certifié le premier lot destiné à l’exportation. Une étape qui fait entrer la RDC, déjà dominante dans le cobalt et importante dans le cuivre, dans une nouvelle filière stratégique : le lithium.

Derrière cette première cargaison se trouve Zijin Mining. Le groupe chinois contrôle aujourd’hui Manono Lithium, aux côtés de la Cominière et de l’État congolais. Le projet prévoit de traiter environ cinq millions de tonnes de minerai par an pour une production pouvant approcher un million de tonnes de concentré de spodumène.

Mais cette mise en production est l’aboutissement d’un long basculement.

Le gisement avait d’abord été développé autour de Dathcom Mining, société créée en 2016 entre la Cominière et Dathomir, avant l’arrivée de l’australien AVZ Minerals. Pendant plusieurs années, AVZ a porté l’ambition de faire de Manono l’un des plus grands projets de lithium au monde.

L’équilibre change en 2021.

Cette année-là, Jin Cheng, filiale de Zijin, acquiert auprès de la Cominière 15 % de Dathcom pour 33,44 millions de dollars. AVZ conteste immédiatement l’opération, estimant que son droit de préemption n’a pas été respecté.

Le dossier devient encore plus sensible après l’intervention de l’Inspection générale des finances. Dans un rapport rendu en novembre 2022 et largement relayé par la presse congolaise, l’IGF remet notamment en cause les conditions de valorisation de cette participation.

Puis vient le tournant de 2023.

Après le retrait du titre sur lequel reposait le projet d’AVZ, une nouvelle configuration industrielle est mise en place autour de Manono Lithium SAS, associant Zijin et la Cominière sur une partie du gisement. Un nouveau permis couvre le projet, qui obtient ensuite son permis d’exploitation.

AVZ refuse toutefois de considérer le dossier comme clos.

Le groupe australien a engagé plusieurs procédures internationales, notamment devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). Un autre arbitrage a conduit à la condamnation de la Cominière au paiement de 39,1 millions d’euros pour rupture du partenariat.

Ces procédures n’ont toutefois pas interrompu le développement du site.

Et c’est là que Manono change de dimension : le contentieux porte encore sur l’histoire juridique du projet, mais l’exploitation, elle, a commencé.

La question se déplace désormais vers ce que la RDC tirera durablement de cette nouvelle filière.

Dans la structure actuelle de Manono Lithium, Zijin détient 54,9 %, la Cominière 35,1 % et l’État 10 %. Le pays dispose donc d’une présence publique significative dans le projet. Reste cependant le défi central de toute politique de valorisation des minerais congolais : jusqu’où ira la transformation locale ?

Pour l’instant, la chaîne s’arrête principalement au concentré et aux premières étapes de transformation. Un raffinage plus avancé reste notamment dépendant de l’amélioration de l’approvisionnement énergétique.

Manono ouvre ainsi une nouvelle page pour l’industrie minière congolaise, mais aussi une question plus large : après avoir réussi à mettre son lithium sur le marché mondial, la RDC pourra-t-elle capter sur son territoire une part plus importante de la valeur créée par ce minerai stratégique ?

ANASTASIE MIMBOLO

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.