285 millions détournés dans l’affaire Bukanga Lonzo : La Cour Constitutionnelle clôt le chapitre Matata Ponyo

Justice. Dix ans de travaux forcés. Le couperet est tombé, net, précis. Augustin Matata Ponyo, ancien Premier ministre sous le régime Joseph Kabila, aujourd’hui député national, a été reconnu coupable de détournement de fonds publics dans l’affaire Bukanga Lonzo. Avec lui, deux autres visages d’un fiasco agro-industriel retentissant : Déogratias Mutombo, ex-gouverneur de la Banque centrale, et Christo Grobler, patron sud-africain d’Africom, écopent chacun de cinq ans. L’addition est salée : 285 millions de dollars évaporés, un rêve d’autosuffisance alimentaire qui tourne au scandale national.

Mais au-delà de la sentence, c’est la symbolique qui frappe. Car la Cour constitutionnelle, longtemps accusée de mollesse face aux figures de l’ancien régime, s’est cette fois montrée implacable. En confirmant sa compétence à juger Matata Ponyo, malgré son statut de député, elle trace une ligne rouge : aucune fonction ne protège d’un passé judiciaire.

« L’immunité protège la fonction, non la personne », a tranché Dieudonné Kamuleta, président de la Cour.

Une claque pour ceux qui espéraient que le titre de député servirait de bouclier.

La tension était vive, presque électrique, entre la Cour et l’Assemblée nationale. Le président de cette dernière, Vital Kamerhe, avait déjà dénoncé ce qu’il considerait comme une « entorse » constitutionnelle. Il avait même promis un échange avec la Cour, pour ne fût-ce que tenter une médiation. Mais la réponse de Kamuleta a été sèche, juridique, imparable : la justice ne se négocie pas. La séparation des pouvoirs, martèle-t-il, doit être respectée. Point.

Le procès Matata, relancé depuis 2021, a souvent été accusé par l’intéressé lui-même de servir de levier politique. À chaque étape politique majeure, Matata voit la justice refaire surface. Il accuse la présidence d’utiliser les juridictions comme des outils de chantage. Il crie à la persécution, à l’instrumentalisation, au procès sur commande. Mais les faits sont têtus. Le rapport de l’Inspection Générale des Finances est là : 285 millions de dollars déboursés, et presque rien sur le terrain.

Et pendant que l’ex-Premier ministre crie à la machination, la République, elle, avance. La Cour constitutionnelle, jadis critiquée pour son silence face à l’impunité des grands, montre les dents. Elle rappelle qu’elle n’est pas un simple décor, mais le pilier d’un État de droit en construction. Et que, désormais, l’heure est à la redevabilité.

L’affaire Bukanga Lonzo, c’est aussi l’histoire d’un rêve trahi : nourrir la population, réduire la pauvreté, industrialiser l’agriculture. Ce rêve-là, saboté de l’intérieur, n’est pas mort. Mais pour renaître, il fallait que justice passe. Et elle est passée.

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