
La polémique n’est pas née dans la rue, mais sur les réseaux sociaux. Au lendemain de la marche organisée à Kinshasa, vendredi 19 décembre, par le professeur André Mbata, secrétaire permanent de l’Union sacrée, Augustin Kabuya Tshilumba est sorti de son silence par un long tweet publié sur X. L’objectif : se désolidariser clairement de l’initiative et couper court à toute tentative d’amalgame avec la présidence de la République ou le parti présidentiel.
Dans ce texte au ton ferme, le secrétaire général de l’UDPS/Tshisekedi, également président par intérim du parti, affirme n’avoir « pris part, à aucun moment » à l’organisation de cette marche du 19 décembre. Il assure avoir appris son existence « exclusivement par les réseaux sociaux », tout comme plusieurs membres du présidium, invoquant une absence totale de concertation institutionnelle. Conclusion sans détour : cette activité « n’engage ni l’Union sacrée, ni ses organes dirigeants, ni, a fortiori, la Haute Autorité Politique de Référence », le Président Félix Tshisekedi.

La précision est lourde de sens dans un contexte où chaque mobilisation est scrutée comme un test de popularité du chef de l’État. Kabuya rappelle d’ailleurs qu’aucune autre personne que lui n’est légalement habilitée à engager l’UDPS ou à parler en son nom. Une manière de réaffirmer son autorité statutaire, mais aussi de rappeler à l’ordre ceux qui prendraient des initiatives sans validation formelle.
Sur les réseaux sociaux, des réactions face à son post sont immédiates et souvent acerbes. « Lorsqu’il s’agit de défendre votre absence, là vous ne tardez pas. Mais les conditions sécuritaires dans lesquelles certaines populations de Kin vivent, ne vous disent rien », tacle Ibanda Kasongo, pointant un décalage entre les priorités politiques et les réalités quotidiennes. D’autres commentaires vont droit au but. « Si cette marche était une réussite, on n’allait pas voir ce genre de publication », écrit Accès Foot, tandis que Justin Bahati Bagalwa cite un adage bien connu : « L’échec est toujours orphelin ».
Certains internautes s’attaquent au fond comme à la forme. « Un tel tweet-fleuve n’aurait jamais vu le jour si la marche avait vraiment été un succès », ironise Joli A. Kazadi, pendant que Roger Lubambula pose une question devenue virale : « Cher Augustin, est-ce bien vous qui avez rédigé tout cela ? ». D’autres encore dénoncent une exposition publique de querelles internes. « Les linges sales se lavent en famille », lance Séraphin Kyungu, estimant que Kabuya n’est ni le porte-parole du président ni celui de l’Union sacrée dans son ensemble.
À contre-courant, quelques voix appellent à relativiser. Caleb Mibenge Bagunda rappelle que Félix Tshisekedi « n’a nul besoin de manifestations improvisées pour asseoir sa légitimité », celle-ci reposant sur le suffrage universel, le mandat constitutionnel et l’action institutionnelle, notamment dans un contexte régional marqué par une forte tension sécuritaire.
La marche à l’origine de cette controverse s’est pourtant voulue un acte de soutien politique dans un pays en guerre. Convoquée par André Mbata, elle s’inscrivait dans le contexte de l’agression rwandaise et de l’occupation de certaines zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu par les rebelles de l’AFC/M23 depuis trois ans déjà. Lors du meeting final, le professeur Mbata a vivement attaqué l’ancien président Joseph Kabila, l’accusant d’avoir laissé Paul Kagame agir durant ses 18 années au pouvoir, contrairement à Félix Tshisekedi qui « est en train de le mettre contre le mur ».
Ses propos ont également abordé les relations entre l’Église catholique et la politique. Tout en remerciant le nonce apostolique pour son rôle dans la visite du pape en RDC, Mbata a appelé à rappeler aux prêtres que « la mission apostolique ne peut être mélangée avec la politique », une sortie qui a contribué à nourrir la controverse.
LUKEKA KALUME