
Alors que Washington s’apprête à accueillir, le 4 décembre, la signature de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda sous l’égide de Donald Trump, Félix Tshisekedi a réaffirmé depuis la Serbie que toute coopération régionale avec Kigali restera strictement conditionnée au rétablissement de la paix et de la confiance entre les deux pays. Le président congolais, qui s’adressait à la diaspora, a insisté sur le retrait total des troupes rwandaises du territoire congolais comme préalable incontournable.
Cette mise au point intervient dans un contexte où les tensions demeurent vives. Conclu fin juin, l’accord de paix n’a pas encore permis de faire taire les armes dans l’est de la RDC, où les violences se sont intensifiées. Depuis janvier, le M23 – soutenu par le Rwanda selon Kinshasa – a pris le contrôle de Goma puis de Bukavu, aggravant la crise sécuritaire et humanitaire.
Face à cette situation, Tshisekedi a rappelé que sa vision d’intégration régionale n’était pas nouvelle. Dès 2019, dit-il, il avait fait de la coopération avec les voisins un axe prioritaire, misant sur des politiques communes en matière de stabilité, d’économie et de développement partagé. Mais cet élan aurait été « trahi » par certains États qui, selon lui, ont « poignardé » la RDC « dans le dos » à partir de 2022.
Malgré tout, il revendique une ligne panafricaniste qu’il affirme inchangée. Le progrès de la RDC, soutient-il, ne peut être dissocié du développement du continent.
« Le bonheur du peuple congolais doit rejaillir sur les autres peuples d’Afrique », a-t-il insisté, estimant que les difficultés actuelles avec certains voisins ne doivent pas détourner la région de cette perspective.
Le président a également mis en garde contre les « effets d’annonce » autour du cadre économique régional en cours de finalisation. Paraphé dans la nuit du 7 au 8 novembre à Washington, ce texte – considéré comme un complément économique à l’accord de paix du 27 juin – est présenté par les médiateurs qatariens et américains comme « une avancée significative ». Tshisekedi, lui, fixe une ligne rouge claire :
« On ne fait pas de commerce avec quelqu’un en qui on n’a pas confiance. »
Le 4 décembre, Félix Tshisekedi et Paul Kagame doivent parapher à leur tour le cadre économique régional et l’accord de paix, sous le regard du président américain. Une étape diplomatique majeure, dont la portée dépendra toutefois de la capacité des deux capitales à ramener la stabilité dans une région où la dynamique militaire continue, pour l’instant, de contredire les engagements politiques.
LUKEKA KALUME