[PORTRAIT] Qui est Aimé Boji, le Président élu de l’Assemblée nationale ?

Élu avec 413 voix sur 423 votants, Aimé Boji Sangara Bamanyirue a pris, jeudi 13 novembre, la tête de l’Assemblée nationale congolaise. Un plébiscite parlementaire qui constitue une grande étape dans le parcours d’un homme longtemps resté dans l’ombre de plusieurs figures politiques, avant de s’imposer au cœur des institutions.

Fils de l’ancien gouverneur Boji Dieudonné, Aimé Boji voit le jour en 1968 à Kabare, dans le Sud-Kivu. Élève studieux, il décroche en 1987 un diplôme en mathématiques et physique à Bukavu. Un an plus tard, il entame des études en relations internationales à l’Université de Lubumbashi. Son parcours académique est brutalement interrompu : en 1990, après la répression sanglante du campus, il est soupçonné d’avoir encouragé des manifestations étudiantes. Recherché, il traverse la frontière zambienne, puis s’exile en Grande-Bretagne.

À Oxford, Boji reconstruit sa vie. D’abord en apprenant l’anglais, puis en reprenant ses études. Il obtient un bachelier en économie et management à Oxford-Brookes en 1994, un diplôme en migrations forcées à Queen Elizabeth House, et enfin un master en économie du développement à l’Université d’East Anglia. Pendant une décennie, il navigue entre centres de recherche, organisations du Commonwealth et réseaux diplomatiques britanniques, où il se forge un carnet d’adresses international et participe aux plaidoyers liés aux crises congolaises.

Boji rentre en RDC en 2006, dans un contexte d’ouverture politique. Conseiller de Vital Kamerhe au sein du PPRD, il participe à la précampagne présidentielle, puis se présente aux législatives sous cette bannière. Élu député de Walungu avec 25 000 voix, il fait son entrée à l’Assemblée nationale. Lorsque Kamerhe quitte le perchoir en 2009, Boji le suit et devient, en 2010, cofondateur de l’Union pour la nation congolaise (UNC).

Réélu député en 2011 avec un score renforcé, il s’impose comme une figure active de l’UNC, notamment lors du dialogue politique de 2017, qui permettra la mise en place du gouvernement d’Union nationale. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’il est brièvement ministre du Commerce extérieur.

Proche de Vital Kamerhe, il joue un rôle discret mais central dans la négociation de l’accord de Nairobi, en 2018, qui scelle l’alliance entre Félix Tshisekedi et l’UNC. Lorsque Kamerhe est arrêté en 2020, Boji assure l’intérim à la tête du parti dans une période de fortes turbulences.

En avril 2021, il est nommé ministre d’État, ministre du Budget, poste stratégique qu’il occupe pendant plus de quatre ans. En 2024, il est reconduit au Budget dans le gouvernement de Judith Suminwa avant de passer à l’Industrie lors du remaniement d’août 2025. Il quitte ce dernier portefeuille en octobre, quelques semaines avant le début de la recomposition du Bureau de l’Assemblée nationale.

Redevenu député, il s’aligne sur la ligne de l’Union sacrée. Malgré plusieurs prétendants au sein de la majorité, c’est lui que le président Tshisekedi choisit pour briguer le perchoir. Soutenu par la plateforme et finalement sans véritable rival, Boji remporte l’élection interne de façon écrasante.

57 ans, plusieurs fois ministre, doté d’une solide expérience internationale et fidèle allié de la majorité présidentielle, Aimé Boji hérite désormais de l’une des fonctions institutionnelles les plus sensibles du pays. Il sera attendu sur la gestion des débats parlementaires, la cohésion de la majorité et la coordination entre l’Assemblée et l’Exécutif.

Son élection est également un nouvel épisode dans l’histoire de l’UNC, définitivement revenue au centre du jeu politique après les turbulences des dernières années.

 

LUKEKA KALUME

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