
Dix décembre 2025. Cela fait trois ans jour pour jour que Tshala Muana, figure majeure de la musique congolaise, s’est éteinte à Kinshasa à l’âge de 64 ans. La chanteuse, morte aux premières heures du 10 décembre 2022 après un malaise, laissait derrière elle une œuvre emblématique, ancrée dans le folklore luba et portée sur les scènes du continent pendant plus de quatre décennies.
Surnommée « la Reine du Mutwashi » ou encore « Mamu nationale », Elisabeth Tshala Muana Muidikayi a popularisé cette danse traditionnelle kasaïenne faite de déhanchements rythmés, devenue sa signature artistique. Chanteuse, auteure-compositrice, danseuse, productrice, actrice et patronne de « La Dynastie Mutwashi », orchestre qu’elle crée en 2002, elle occupe une place singulière dans le paysage culturel congolais.
L’artiste avait également investi le champ politique. Entre 2000 et 2002, elle siège à l’Assemblée constituante et législative du Parlement de transition avant de devenir présidente de la Ligue des femmes du PPRD. C’est d’ailleurs sous la bannière de ce parti qu’elle enregistre, en 2006, un titre de campagne destiné au candidat Joseph Kabila — un morceau dont la popularité dépassera largement son cadre politique initial.
Arrivée dans la musique par la chorégraphie en 1977, Tshala Muana passe par plusieurs groupes avant de rejoindre Tcheke Tcheke Love de Pongo Love. En 1982, encouragée par l’artiste Rachid King, elle se lance pleinement dans le chant. Son installation à Paris marque un tournant : prise en main par le guitariste et arrangeur Souzy Kaseya, elle affine son identité musicale et élargit son public.
Jean-Pierre François Nimy Nzonga résume son ascension dans son Dictionnaire des immortels de la musique congolaise moderne :
« Dans un tourbillon sympathique des reprises, Tshala Muana développe une large palette de morceaux empruntés au folklore luba… Kinshasa vibre sous ses airs entraînants. »
Le rayonnement de la chanteuse conduit, en 1991, les chefs coutumiers du Kasaï à l’introniser officiellement « Reine du Mutwashi », reconnaissance formelle de son rôle dans la préservation et la diffusion de la culture luba. Deux décennies de production musicale suivront, avec dix-neuf albums et des distinctions, dont celle de meilleure artiste féminine d’Afrique centrale aux Kora Awards en 2003 en Afrique du Sud.
Inspirée par les provinces kasaïennes, Tshala Muana modernise des mélodies traditionnelles, les enrichit d’arrangements contemporains et d’une rythmique orientée vers la danse. Son répertoire compte des titres devenus références : Malu, Mutwashi, Tshanza, Lekela Muadi, Tshibola, Bena moyo, Seli père, Karibu Yangu, Nasi Nabali, Vuluka dilolo, entre autres.
Pour Nimy Nzonga, elle reste avant tout « une bête de scène », perfectionniste dans ses chorégraphies comme dans ses enregistrements, une rigueur qui a façonné sa longévité artistique.
Le chanteur Jean Goubald Kalala, qui lui rendait hommage en 2022, saluait « une grande dame de la musique congolaise », mais aussi une proche, « une sœur et une belle-sœur ».
Trois ans après sa disparition, l’influence de Tshala Muana demeure tangible : son œuvre continue d’être reprise, dansée, enseignée et célébrée, confirmant sa place parmi les plus grandes figures du patrimoine musical congolais.
LUKEKA KALUME