UNIKIN – Élévation du professeur Ngoma-Binda comme Grand Chancelier | Le doyen Bitende appelle les chercheurs à « produire pour transformer la société »

L’émotion était palpable à l’Université de Kinshasa lorsque le professeur émérite Élie Phambu Ngoma-Binda a été élevé au rang de Grand Chancelier des Lettres et des Sciences humaines par l’Organisation africaine de la science et de la pensée (OASP).

Mais au-delà de la distinction honorifique, c’est surtout le message porté par le doyen de la Faculté des Lettres et Sciences humaines, le professeur Eugène Bitende Ntotila, qui a marqué les esprits. Dans une analyse à la fois philosophique et institutionnelle, il a présenté cette reconnaissance comme une victoire pour la recherche congolaise, pour la pensée africaine et pour les générations montantes de chercheurs.

« L’homme le plus heureux aujourd’hui, c’est le doyen que je suis », a-t-il déclaré avec enthousiasme, estimant que cette consécration internationale vient confirmer la valeur scientifique des intellectuels congolais souvent méconnus.

Pour lui, l’élévation du professeur Ngoma-Binda au rang de Grand Chancelier des Lettres et des Sciences humaines reproduit symboliquement l’identité même de la faculté qu’il dirige.

« Cette distinction constitue une véritable fierté pour notre faculté, pour le département de philosophie et pour toute la nation », a-t-il affirmé.

À travers ses propos, le doyen Eugène Bitende a insisté sur la portée collective de cette reconnaissance. Selon lui, lorsque des organisations de dimension internationale distinguent un intellectuel congolais pour son apport scientifique, elles envoient également un message fort sur la qualité du travail académique réalisé en République démocratique du Congo.

« Nous ne sommes pas cachés sous les boisseaux. Ceux qui savent regarder découvrent nos valeurs », a-t-il souligné, saluant la capacité de l’OASP à identifier et à promouvoir les figures majeures de la pensée africaine.

Pour le responsable académique, cette distinction ne doit pas être perçue comme un aboutissement individuel, mais comme un signal d’encouragement adressé à toute une génération de chercheurs.

« Après lui, il y en aura d’autres », a-t-il assuré, convaincu que l’Université de Kinshasa regorge de talents appelés à jouer un rôle important dans le développement intellectuel du pays.

« Nous sommes en train de canaliser ces valeurs afin qu’elles deviennent une véritable richesse pour notre nation », a-t-il ajouté.

Le doyen a également profité de cette occasion pour lancer un appel aux enseignants, doctorants et chercheurs parfois hésitants face aux exigences de la recherche scientifique. Son message est resté sans ambiguïté : un diplôme n’acquiert sa pleine valeur que lorsqu’il est accompagné d’une production intellectuelle régulière.

« On est venu honorer le professeur Ngoma-Binda non parce qu’il est docteur, mais parce qu’il a publié et qu’il rayonne à travers ses publications », a-t-il rappelé.

Dans un langage accessible, il a comparé le diplôme à « une trace dans le désert » qui disparaît si elle n’est pas entretenue. Pour lui, la publication scientifique constitue la véritable mesure de l’impact d’un universitaire.

« Notre valeur réside dans ce que nous faisons », a-t-il insisté, invitant les chercheurs à produire des connaissances capables d’éclairer les décisions publiques et d’améliorer les conditions de vie des populations.

Cependant, Eugène Bitende estime que la compétence scientifique seule ne suffit pas. Il a mis en avant la dimension morale qui caractérise, selon lui, la personnalité du professeur Ngoma-Binda.

« On a découvert chez lui non seulement un chercheur, mais aussi un homme vertueux », a-t-il déclaré.

Cette combinaison entre excellence intellectuelle et exemplarité éthique constitue, à ses yeux, le modèle que devraient incarner les universitaires africains appelés à inspirer la société.

Revenant sur l’héritage intellectuel du nouveau Grand Chancelier, le doyen a résumé sa pensée autour de ce qu’il appelle la « théorie inflexionnelle ». Cette approche philosophique place l’action au cœur de la réflexion. Elle considère que les connaissances produites par les philosophes et les scientifiques doivent influencer concrètement l’action politique afin de favoriser le développement social.

« Nos théories doivent avoir un impact sur la société », a-t-il expliqué, estimant que la recherche n’a de sens que lorsqu’elle contribue à résoudre les problèmes réels des populations.

Cette lecture rejoint l’ensemble de l’œuvre développée depuis plusieurs décennies par le professeur Élie Phambu Ngoma-Binda. Philosophe reconnu en Afrique francophone, il s’est distingué par ses travaux sur l’inflexionnisme, une doctrine qui invite les intellectuels à dépasser le simple commentaire académique pour intervenir activement dans l’orientation éthique et politique de la société. Sa réflexion s’étend également à la gouvernance africaine, à travers sa théorie de la Démocratie Libérale Communautaire, au système électoral SIAC, à la notion d’âge politique adulte ainsi qu’au concept du Nzolaïsme, qui place l’amour de la culture et du bien commun au centre du développement humain.

Cette distinction intervient dans un contexte où plusieurs voix plaident pour une meilleure valorisation des chercheurs africains et de leurs contributions à la pensée mondiale. Depuis plusieurs années, des universités, centres de recherche et organisations scientifiques du continent appellent à une reconnaissance accrue des savoirs produits en Afrique, afin de renforcer leur influence dans les débats internationaux.

En consacrant le professeur Élie Phambu Ngoma-Binda au rang de Grand Chancelier des Lettres et des Sciences humaines, l’OASP honore certes un parcours individuel exceptionnel, mais elle met également en lumière toute une tradition intellectuelle portée par l’Université de Kinshasa. À travers l’hommage rendu par le doyen Eugène Bitende Ntotila, c’est un message d’espoir qui est adressé aux jeunes chercheurs : la science, lorsqu’elle s’accompagne de rigueur, de publication et de vertu, peut devenir un puissant levier de transformation sociale et contribuer à ouvrir de nouvelles perspectives pour le développement de la République démocratique du Congo et du continent africain.

 

Willy Ulengu Samuanda

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.