Félix Tshisekedi : « Mon but est un partenariat gagnant-gagnant pour créer une chaîne de valeurs, et non des accords à la va-vite pour, soit-disant, sauver le régime »

Le Président de la République hausse le ton. Dans un entretien exclusif accordé au Figaro, Félix Tshisekedi dresse un constat alarmant de la situation à l’est du pays, où les violences du M23, groupe rebelle soutenu par le Rwanda, continuent d’ensanglanter la région.

« Si nous ne vivons pas en paix, je vous laisse imaginer la catastrophe », alerte-t-il, pointant du doigt l’appétit insatiable du Rwanda pour les minerais congolais.

Récemment, le Président de la République a rencontré son homologue rwandais Paul Kagame à Doha, sous la médiation de l’émir du Qatar. Un pas de plus vers une issue diplomatique ? Rien n’est moins sûr.

« Le préalable à tout cela était un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel », rappelle-t-il.

Mais alors qu’une médiation se tenait mardi en Angola, le M23 a refusé de s’y asseoir. Pour le chef d’État congolais, ce refus prouve que ces combattants « sont des pantins qui attendent des ordres » et « motivés par une soif d’enrichissement personnel ».

Le Président Tshisekedi replace le conflit dans une perspective historique :

« Nous traînons ce conflit depuis le génocide de 1994. D’abord une chasse aux Hutus par le régime rwandais, aujourd’hui un pillage de nos minerais critiques ».

Trente ans de violences qui, sans solution durable, pourraient plonger la région dans un chaos encore plus profond.

Sur le front économique, Tshisekedi veut éviter de brader les ressources du pays. Les discussions avec les États-Unis, interrompues par la pandémie, ont repris sous Biden et s’intensifient avec le retour de Trump.

« Le but est d’obtenir un partenariat gagnant-gagnant, qui permettra à la RDC de transformer ses minerais localement », insiste-t-il.

Car la doctrine du président congolais est claire : finis les minerais bruts exportés sans valeur ajoutée.

« Plutôt que d’acheter les produits volés chez nous à d’autres, il faut investir ici. Nous le faisons avec la Chine », affirme-t-il.

Il appelle les investisseurs à s’engager dans la construction d’infrastructures énergétiques pour accompagner cette transformation.

Et la Russie dans tout ça ? Tshisekedi tempère :

« Nos relations avec Poutine sont correctes. Nous ne sommes pas en froid alors que nous avons condamné l’agression de l’Ukraine aux Nations unies ».

Une manière d’affirmer son indépendance tout en ménageant une puissance qui, à l’instar des autres acteurs globaux, lorgne sur les ressources stratégiques du Congo.

À l’aube d’un nouveau cycle de tensions dans la région des Grands Lacs, Félix Tshisekedi campe sur sa ligne : rétablir la paix à l’Est et imposer un contrôle plus strict sur l’exploitation des richesses nationales. Mais entre la mainmise de Kigali sur les groupes armés et la convoitise des grandes puissances sur les minerais stratégiques, la RDC joue une partie serrée. Pour Tshisekedi, « de nouveaux massacres » menacent si la communauté internationale ne se réveille pas.

LUKEKA KALUME 

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