KWILU | Le barrage de Kakobola entre ombre et lumière 

C’est un bras de fer feutré mais violent qui se joue dans les couloirs du pouvoir à Kinshasa. D’un côté, l’urgence politique d’inaugurer la centrale hydroélectrique de Kakobola (10,5 MW). De l’autre, les alertes rouges d’experts qui redoutent un « fiasco technique ». Enquête sur un ouvrage qui cristallise les espoirs et les peurs de la province du Kwilu.

Samedi 21 mars 2026. Dans le bureau du ministre des Ressources Hydrauliques, une correspondance pèse plus lourd que les autres. Datée du 19 mars, elle émane du cabinet du Chef de l’État. Signée par Anthony Nkinzo Kamole, elle instruit l’inauguration immédiate de la centrale de Kakobola en marge de la 13ème Conférence des Gouverneurs. Pour la Présidence, l’enjeu est clair : il faut éclairer Kikwit, Gungu et Idiofa. Mais sur le terrain, la réalité pourrait être moins brillante.

Le « cri du cœur » de l’ingénieur

Alors que les officiels préparent les rubans et les ciseaux, l’ingénieur Idris Mufuka Kudiye, expert reconnu en systèmes énergétiques, jette un pavé dans la mare. Son diagnostic est sans appel : Kakobola risque d’être une « coquille vide ».

Selon cet expert, la centrale n’aurait jamais réussi à fonctionner plus de deux heures consécutives. « Aucun test de mise en charge concluant n’a été réalisé », alerte-t-il. Plus grave encore, des malfaçons dans le génie civil et une absence totale de protection contre la foudre feraient planer une menace réelle sur la sécurité des installations et des populations.

Un réseau de distribution dans le flou

Au-delà de la turbine, c’est tout l’écosystème qui interroge. À qui sera confiée la gestion ? La SNEL, l’ANSER ou un opérateur privé ? À ce jour, aucun arrêté n’a fixé le tarif du kilowattheure. Sans gestionnaire clair ni modèle économique, le risque de voir ce joyau de 10,5 MW dépérir par manque d’entretien est élevé. La durée de vie des turbines, estimée à 40 ans, pourrait être divisée par dix faute d’un budget d’exploitation (OPEX) garanti.

L’inauguration face à l’audit

Pour éviter que l’éclat de l’inauguration ne s’éteigne quelques jours plus tard, le cercle des experts préconise une « marche industrielle » de 48 heures minimum avant toute mise en service officielle. Ils exigent également un certificat de conformité délivré par l’Autorité de Régulation du secteur de l’Électricité (ARE).

« Une inauguration réussie n’est pas celle du ruban coupé, mais celle d’une lampe qui reste allumée durablement dans chaque foyer du Kwilu », martèle l’ingénieur Mufuka.

Le choix cornélien de Kinshasa

Le gouvernement est désormais au pied du mur. Choisira-t-il la symbolique politique d’un lancement immédiat pour marquer les esprits lors de la Conférence des Gouverneurs, ou la prudence technique pour garantir la sécurité et la pérennité de l’investissement public ? À Kikwit, les foyers attendent la lumière, mais ils attendent surtout une solution qui ne s’éteindra pas au premier orage.

Willy Ulengu Samuanda

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