
C’est un triangle de la mort qui se dessine dans le Nord-Ouest de la RD Congo. À Lisala, chef-lieu de la Mongala, les autorités sanitaires ne luttent plus contre une maladie, mais contre un effondrement. Entre la rougeole qui fauche les enfants, le choléra qui empoisonne les eaux et le Mpox qui s’enracine, la zone de santé est à bout de souffle. Reportage au cœur d’une urgence que le monde semble avoir oubliée.
LISALA Le chiffre est tombé comme un couperet sur le bureau du Dr James Azaka : 9 décès pour 111 cas de rougeole répertoriés depuis le 1er janvier 2026. Dans cette région verdoyante de la Mongala, le vertige n’est pas dû aux paysages, mais à la rapidité de la contagion. Ici, mourir d’une maladie évitable est devenu une réalité statistique froide.
L’impuissance d’un système à sec
« Neuf vies fauchées, malgré nos efforts », s’indigne le Médecin Chef de Zone (MCZ) de Lisala, contacté par nos soins. Il y a deux semaines, une lueur d’espoir est apparue avec la vaccination des contacts directs. Une digue dérisoire face à un tsunami. Aujourd’hui, les stocks sont vides. « Nous n’avons plus les moyens de vacciner. Les cas explosent parce que nous n’avons pas de logistique pour atteindre les foyers isolés », confie le Dr Azaka.
À Lisala, le manque de frais de fonctionnement n’est plus un problème administratif : c’est une condamnation à mort pour les plus vulnérables.
L’eau, ce poison quotidien
Alors que la rougeole s’attaque aux poumons des enfants, le choléra, lui, ronge les entrailles de la population depuis juillet 2025. L’année dernière, plus de vingt personnes ont péri, victimes d’un geste pourtant vital : boire de l’eau.
Faute de robinets, les ménages se tournent vers des sources non aménagées et des rivières chargées de bactéries. La riposte de la Zone de Santé tient du bricolage héroïque : distribution de chlore et désinfection des foyers. Mais peut-on éteindre un incendie avec des gouttes d’eau quand l’infrastructure même de la ville fait défaut ?
Mpox : La menace fantôme
Comme si ce binôme macabre ne suffisait pas, le virus Mpox (variole du singe) vient compléter ce sombre tableau. Malgré l’introduction des vaccins de pointe MVA-BN et LC16m8, l’épidémie fait rage. La raison ? Une couverture vaccinale parcellaire. « Vacciner tout le monde est impossible avec nos ressources actuelles », admet le Dr Azaka. Le virus circule, s’adapte et frappe, transformant Lisala en un laboratoire à ciel ouvert de la résilience humaine, mais aussi de l’abandon institutionnel.
Alerte rouge : L’appel de Lisala
Entre des structures de santé saturées et des familles qui enterrent leurs proches dans le silence, la Mongala s’enfonce. Ce n’est plus seulement une crise locale, c’est un test pour la solidarité nationale et internationale. Sans une intervention logistique immédiate et un financement massif, le bilan de 2026 risque d’effacer les tristes records de l’année précédente.
À Lisala, on ne compte plus les jours, on compte les survivants.
Anastasie Mimbolo