
La gestion du paysage confessionnel en République démocratique du Congo (RDC) fait face à un défi administratif majeur. Le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa Atondoko, a révélé devant le Sénat, le 6 mai 2026, que le pays compte officiellement 19 000 associations religieuses dotées de la personnalité juridique, tandis que 30 000 autres dossiers sont en cours d’instruction.
Ces chiffres, qui totalisent près de 49 000 entités, soulignent la complexité de réguler un secteur en pleine expansion. Cette annonce intervient dans un contexte de transition ministérielle, marquant une inflexion par rapport à la politique de « permis de culte » instaurée par l’ancien ministre Constant Mutamba.
Une régulation à l’épreuve du terrain
Si la loi 004/2001 impose l’obtention de la personnalité juridique pour toute activité confessionnelle, le contrôle effectif de ces structures reste lacunaire. Interrogé par les sénateurs sur la possibilité de recenser le nombre exact de pasteurs en activité, le ministre de la Justice a admis l’impossibilité d’une telle comptabilité.
« Chaque confession multiplie ses paroisses et ses centres de prière de manière décentralisée, rendant impossible un inventaire national précis », a-t-il concédé.
Cette atomisation du paysage religieux se traduit par une saturation urbaine manifeste. Bien que des circulaires administratives préconisent une distance minimale de 500 mètres entre deux édifices de culte, cette règle demeure largement théorique à Kinshasa. Dans de nombreux quartiers, la multiplication des lieux de prière sur une même artère témoigne de l’échec des mécanismes de régulation spatiale.
Au-delà de l’urbanisme, la prolifération de ces associations pose le problème crucial de la traçabilité des fonds. En l’absence de mécanismes de contrôle financier rigoureux pour les ASBL, la frontière entre les revenus de l’organisation et les finances privées des responsables confessionnels demeure poreuse. Cette opacité, régulièrement dénoncée par des acteurs de la société civile, prive l’État de ressources fiscales potentielles et expose les fidèles à des risques de gestion discrétionnaire.
Willy Ulengu Samuanda