Sécurité en RDC | Le dilemme des Wazalendo , entre auxiliaires stratégiques et zones d’ombre juridiques

Face à la menace sécuritaire persistante, la République démocratique du Congo a intégré les groupes d’autodéfense, dits « Wazalendo », dans son dispositif de défense. Cependant, l’absence d’un cadre juridique robuste et la persistance d’intérêts locaux font craindre une privatisation de la force, au risque de fragiliser l’autorité de l’État.

La question de la sécurité en RDC ne se résume plus aux seules forces régulières. Depuis la résurgence du M23 en 2021, le paysage sécuritaire s’est complexifié, voyant l’émergence des « Wazalendo » (patriotes), groupes d’autodéfense désormais incontournables sur le front. Ce vendredi 15 mai, lors d’un café politique organisé par la Dynamique des politologues de la RDC (Dypol) avec l’appui de la Fondation Friedrich Ebert (FES), des experts ont tiré la sonnette d’alarme : cette hybridation sécuritaire, faute de régulation, menace la stabilité post-conflit du pays.

Bien que reconnus officiellement comme auxiliaires des FARDC, les Wazalendo évoluent dans un vide juridique préoccupant. Les panélistes parmi lesquels Me Emmanuel Kabengele, du Réseau pour la réforme du secteur de la sécurité et de la justice, ainsi que l’experte Élodie Ntamuzinda ont souligné que cette « privatisation » de la force publique crée une insécurité multidimensionnelle : légale, économique et sociale.

Le nœud du problème réside dans l’imbrication des agendas. Si la mobilisation des Wazalendo répond à une défense légitime du territoire, elle sert, par endroits, des intérêts locaux ou ethniques qui échappent au contrôle de Kinshasa. Cette dualité entre « défense du terroir » et « défense de la patrie » complique la chaîne de commandement et pose la question de la subordination hiérarchique réelle.

Pour transformer cette force d’appoint en un levier de stabilité, les experts préconisent des mesures urgentes :

  • Cadre statutaire : L’accélération de la mise en œuvre de la loi sur la Réserve armée de la défense (RAD) est impérative. Un décret doit clarifier, sans ambiguïté, les droits, devoirs et la subordination des combattants.
  • Assainissement financier : Le remplacement des taxes informelles et autres barrières illégales par un fonds de stabilisation public, soumis au contrôle parlementaire, est indispensable pour mettre fin aux dérives prédatrices. Commandement unique et filtrage : L’État-Major des FARDC doit garantir qu’aucune unité ne manœuvre sans supervision directe. Un recensement biométrique exhaustif est nécessaire pour écarter les profils criminels et certifier les combattants éligibles à une intégration ou à une démobilisation encadrée.

La libération des axes stratégiques au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri, par le démantèlement des barrières illégales, demeure la priorité immédiate pour restaurer la libre circulation des biens et des personnes. À défaut d’une telle régulation, le risque est grand de voir ces groupes d’autodéfense devenir des acteurs de déstabilisation à long terme, rendant le processus de désarmement, démobilisation et réinsertion (P-DDRSC) encore plus ardu.

Willy Ulengu Samuanda

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