
L’image a fait le tour des smartphones congolais : un civil giflant un militaire en uniforme, l’accusant de vol. Derrière le choc de la vidéo virale se cache une réalité plus sombre : l’effritement d’un contrat social où l’autorité de l’État, autrefois crainte, semble aujourd’hui en lambeaux face à l’exaspération populaire.
L’acte est aussi bref qu’électrique. Dans une rue de Kinshasa, un homme en tenue de camouflage, censé incarner la force et la protection de la nation, subit l’affront d’une main civile sur son visage. Le motif invoqué par la foule ? Un vol présumé commis par le soldat. Si l’acte de violence contre un dépositaire de la force publique reste un délit punissable, il est ici le thermomètre d’une fièvre nationale : celle d’une population qui ne reconnaît plus son protecteur dans l’homme en uniforme.
Dans la doctrine militaire, l’uniforme est sacré. Il est le prolongement de la souveraineté de l’État. Pourtant, en République démocratique du Congo, cette sacralité se heurte de plus en plus souvent au mur des réalités quotidiennes. Entre les tracasseries routières, les extorsions signalées dans l’Est et les comportements déviants en milieu urbain, le prestige des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) est mis à rude épreuve par une minorité d’éléments indisciplinés.
« Lorsqu’un militaire vole, il ne se dépouille pas seulement de son honneur, il désarme l’État », confie un analyste sécuritaire sous couvert d’anonymat.
Cette gifle, bien que condamnable sur le plan légal, exprime une rupture psychologique. Le civil n’a plus peur, car il ne respecte plus.
Ce n’est pas la première fois que la discipline au sein des forces de sécurité est remise en question. Lors du dernier Conseil des ministres, la nécessité de poursuivre la réforme du secteur de la sécurité a été réitérée. Mais au-delà des équipements et de la solde, c’est le logiciel éthique qui semble obsolète. La restauration de l’autorité de l’État ne passera pas par la répression des civils indignés, mais par une exemplarité chirurgicale des troupes. Un soldat respecté est celui qui se nourrit de la confiance de son peuple, pas de ses poches.
L’incident rappelle les tensions observées lors de l’état de siège dans le Nord-Kivu, où la cohabitation entre civils et militaires a souvent été émaillée d’incidents similaires, documentés par des organisations comme Human Rights Watch. À l’avenir, le défi du gouvernement sera de transformer ces « incidents isolés » en un levier pour accélérer la formation civique des recrues.
Si rien n’est fait pour restaurer cette dignité perdue, la rue continuera de se faire justice, transformant chaque uniforme en une cible potentielle plutôt qu’en un bouclier. La gifle de Kinshasa n’était peut-être qu’un avertissement : l’autorité ne se décrète pas, elle se mérite.
Willy Ulengu Samuanda