L’UNIKIN | François-Xavier Mukena soutient une thèse sur cinq siècles (de 1483 à 1835 ) de résistance du Royaume Kongo face au Portugal pour éclairer les enjeux de souveraineté

Ce jeudi 4 juin 2026 restera marqué par l’histoire du Royaume Kongo qui continue de nourrir les réflexions contemporaines sur la souveraineté, l’identité et la résistance des peuples africains. À l’Université de Kinshasa (UNIKIN), le chercheur François-Xavier Mukena Munda-Nzala a soutenu ce jeudi une thèse de doctorat en sciences historiques consacrée aux luttes menées par les Bakongo contre l’expansion portugaise entre 1483 et 1835. Un travail scientifique salué par le jury et distingué pour sa contribution à la compréhension des mécanismes de défense politique, diplomatique et culturelle développés par l’un des plus puissants royaumes d’Afrique centrale.

« L’histoire du Royaume Kongo est aussi celle d’un peuple qui a constamment défendu sa liberté et sa souveraineté », a souligné le doctorant au terme de sa soutenance.»

Une recherche qui revisite les origines de la confrontation entre le Royaume Kongo et le Portugal

Intitulée « Luttes des Bakongo face au Portugal pour l’indépendance et la souveraineté de l’ancien Royaume Kongo de 1483 à 1835 », cette thèse a été défendue au Département des Sciences historiques, Gestion du patrimoine et Développement de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Kinshasa.

L’étude revient sur les premiers contacts établis entre les navigateurs portugais et le Royaume Kongo à partir de 1483. Selon l’auteur, ces relations étaient initialement fondées sur le commerce, les échanges diplomatiques et la diffusion du christianisme.

« La coopération a précédé la domination », résume François-Xavier Mukena.»

 

Cependant, au fil des décennies, les rapports entre les deux parties se sont profondément transformés. Les intérêts économiques portugais, notamment liés au commerce atlantique et à la traite des esclaves, auraient progressivement créé une relation déséquilibrée qui a suscité une résistance durable des populations locales.

L’un des apports majeurs de cette recherche est de replacer les Bakongo au centre du récit historique. Loin d’une vision passive de l’histoire africaine, la thèse met en évidence les stratégies diplomatiques, militaires, religieuses et culturelles déployées pour préserver l’autonomie du royaume.

« Les Bakongo n’ont jamais cessé de défendre leur indépendance face aux tentatives d’assujettissement », soutient le chercheur.»

À travers l’analyse de plusieurs épisodes historiques, l’auteur démontre que les résistances ne se limitaient pas aux affrontements armés. Elles se manifestaient également dans la préservation des institutions politiques, des croyances et des valeurs culturelles du Royaume Kongo.

Kimpa Vita, symbole d’une résistance spirituelle et politique

La recherche accorde une place importante à Kimpa Vita, figure emblématique du début du XVIIIe siècle.

Selon François-Xavier Mukena, son combat dépasse largement le cadre religieux auquel il est souvent réduit. Son message reposait sur la justice, l’égalité entre les êtres humains et la réappropriation de la foi chrétienne par les populations africaines.

« Kimpa Vita a porté un message d’universalité et d’unité de la famille humaine », rappelle le doctorant.»

L’étude évoque également d’autres figures historiques de la résistance kongo qui ont contribué à maintenir vivante l’idée de souveraineté face aux pressions extérieures.

Une réflexion historique qui interpelle le Congo d’aujourd’hui

Au-delà du regard porté sur le passé, le chercheur établit un lien direct entre l’expérience historique du Royaume Kongo et les défis actuels de la République démocratique du Congo.

Pour lui, la connaissance de cette histoire peut contribuer à renforcer la conscience nationale et le sens de l’intérêt collectif.

« Un peuple qui ignore ses luttes passées risque de fragiliser sa souveraineté présente », estime-t-il.»

Interrogé sur les débats institutionnels en cours dans le pays, François-Xavier Mukena a également défendu l’idée d’une adaptation des textes fondamentaux aux réalités congolaises, tout en insistant sur l’importance des valeurs historiques et coutumières dans la construction de l’État.

Une soutenance saluée par un jury de spécialistes

La défense de cette thèse s’est tenue à la Bibliothèque de la Faculté de Médecine de l’UNIKIN devant un jury présidé par le professeur Ngbakpwa Te Mobuse Léopold.

Le jury comprenait notamment le professeur Ngoma Binda comme secrétaire, le professeur Mukuna Mutanda Pierre en qualité de promoteur ainsi que les professeurs Tshilumbayi Musawu Isaac Jean-Claude et Kambayi Bwatshia Jean parmi les membres. Les professeurs Obotela Rashidi Noël et Mpay Kemboly ont siégé comme membres suppléants.

Les membres du jury ont salué la rigueur méthodologique du travail ainsi que sa contribution à la valorisation de l’histoire africaine.

« Revisiter le passé permet de mieux comprendre les enjeux du présent », a résumé un membre du jury à l’issue de la soutenance.»

Une contribution à la réhabilitation de l’histoire africaine

Cette soutenance intervient dans un contexte marqué par un regain d’intérêt des chercheurs africains pour l’histoire précoloniale et les dynamiques de résistance aux puissances étrangères.

Depuis plusieurs années, des travaux académiques menés en Afrique centrale et dans les universités internationales soulignent l’importance du Royaume Kongo dans l’histoire politique du continent. Les recherches mettent notamment en lumière l’existence d’institutions structurées, d’une diplomatie active et d’une organisation étatique élaborée bien avant la colonisation.

La thèse de François-Xavier Mukena s’inscrit dans cette dynamique intellectuelle qui vise à restituer aux sociétés africaines leur place dans la production de leur propre histoire.

L’un des défis majeurs reste désormais la diffusion de ces connaissances auprès des jeunes générations. Plusieurs spécialistes plaident pour une meilleure intégration de l’histoire des royaumes africains dans les programmes éducatifs afin de renforcer la connaissance du patrimoine national.

Les conclusions de cette recherche pourraient également ouvrir la voie à de nouvelles études sur les mécanismes de résistance développés par les sociétés africaines face aux influences extérieures, ainsi que sur l’impact contemporain des héritages politiques et culturels du Royaume Kongo.

Plus de cinq siècles après l’arrivée des premiers Portugais à l’embouchure du fleuve Congo, le message porté par cette thèse demeure d’actualité : la souveraineté ne se décrète pas, elle se construit, se défend et se transmet de génération en génération. Une leçon que l’histoire du Royaume Kongo continue de rappeler avec force à l’Afrique contemporaine.

Willy Ulengu Samuanda

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