RDC | Autour du carbone et des concessions de conservation, Marie Nyange Ndambo cherche l’adhésion de la société civile

À Kinshasa, la gouvernance des forêts congolaises entre dans une nouvelle phase de discussions. Ce lundi 17 août 2026, la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat, Marie Nyange Ndambo, a échangé dans son bureau avec des délégués de la société civile environnementale autour de deux dossiers sensibles : la loi sur le carbone et les contrats de concessions de conservation publiés au Journal officiel.

Cette rencontre intervient après des discussions engagées la semaine dernière avec les députés nationaux membres de la commission Environnement et Ressources naturelles. Elle traduit la volonté affichée du ministère de consulter plusieurs parties prenantes alors que la République démocratique du Congo cherche à mieux encadrer la valeur économique de ses forêts et à renforcer son contrôle sur les revenus liés au carbone.

« Nous voulons un marché qui donne le droit à l’État de régenter le secteur », a déclaré Marie Nyange Ndambo au cours de cet échange.

Derrière cette formule se joue une question centrale : qui contrôle la valeur du carbone produit ou stocké par les forêts congolaises, et dans quelles conditions les revenus peuvent-ils bénéficier à l’État, aux communautés locales et aux peuples autochtones ? Le gouvernement travaille depuis plusieurs mois à la mise en place d’un cadre permettant de mieux réglementer, certifier et valoriser le carbone forestier.

Le sujet est d’autant plus sensible que la RDC possède l’un des plus importants massifs forestiers tropicaux au monde. Pour Kinshasa, la forêt ne représente donc plus seulement un patrimoine écologique à protéger : elle est aussi présentée comme un actif climatique susceptible de contribuer au financement du développement.

La ministre avait déjà défendu cette orientation en juillet, en affirmant que les forêts congolaises devaient rester debout afin de permettre au pays de tirer des ressources du marché carbone. Elle avait également rejeté les accusations selon lesquelles son ministère aurait décidé de lever le moratoire sur l’attribution de nouvelles concessions forestières industrielles.

Mais la question des concessions de conservation ajoute une autre dimension au débat. Leur publication au Journal officiel appelle à examiner avec attention leur contenu, leurs superficies, leurs bénéficiaires, leurs obligations environnementales et sociales ainsi que les mécanismes prévus pour garantir la transparence et la participation des communautés concernées.

Pour les organisations environnementales, l’enjeu ne se limite donc pas à créer un marché du carbone. Il s’agit aussi d’éviter que la nouvelle économie climatique reproduise les faiblesses déjà observées dans la gouvernance des ressources naturelles : manque de transparence, faible participation des communautés, partage insuffisant des bénéfices et difficultés de contrôle.

La RDC avance ainsi sur une ligne étroite. Elle veut attirer les financements climatiques tout en conservant la maîtrise de ses ressources forestières. La réussite de cette politique dépendra moins des annonces que de la solidité des règles, de la transparence des contrats, de la traçabilité des revenus carbone et de la capacité de l’État à faire respecter les droits des populations vivant dans les paysages forestiers.

Cette consultation avec la société civile intervient dans un contexte plus large de réformes forestières. Le Conseil des ministres a notamment adopté en juillet la Politique forestière nationale 2026-2035, présentée comme un nouvel instrument de gouvernance du secteur.

Le débat est désormais ouvert : si le carbone doit devenir une nouvelle source de revenus pour la RDC, encore faut-il que les règles du jeu soient connues de tous et que la protection des forêts ne soit pas dissociée des droits et des besoins des communautés qui en dépendent.

 

ANASTASIE MIMBOLO 

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