African Parks | Le départ du prince Harry ravive les interrogations sur les droits des peuples autochtones

Le départ du prince Harry du conseil d’administration d’African Parks intervient dans un contexte particulièrement sensible pour l’organisation, confrontée aux conséquences d’accusations de graves violations des droits humains dans le parc national d’Odzala-Kokoua, au Congo. Au-delà du retrait d’une personnalité connue, l’affaire relance le débat sur les méthodes de conservation et la place accordée aux communautés autochtones dans les aires protégées africaines.

Le duc de Sussex a officiellement quitté lundi 24 août le conseil d’administration d’African Parks, après dix années passées au sein de l’organisation. Son départ intervient alors que l’ONG continue de faire face à des accusations visant certains de ses employés et concernant notamment des populations autochtones baka.

En mai 2025, African Parks avait reconnu, à la suite d’une enquête indépendante, que certains membres de son personnel s’étaient rendus responsables de violences. Cette reconnaissance faisait suite à la publication, en janvier 2024, de témoignages mettant en cause des gardes travaillant dans et autour du parc national d’Odzala-Kokoua.

L’enquête confiée au cabinet d’avocats Omnia avait porté sur 21 incidents faisant état d’allégations de violences physiques et sexuelles graves, de viols, de mauvais traitements pouvant s’apparenter à de la torture, ainsi que d’accusations d’homicide, d’arrestations et de détentions arbitraires. Les témoignages concernaient notamment des membres du peuple autochtone baka.

Mais les conclusions détaillées de cette enquête n’ont pas été rendues publiques. Omnia ne les a pas publiées, en accord avec African Parks. Cette situation entretient une zone d’ombre autour d’un dossier qui soulève des questions importantes sur la responsabilité, la transparence et les mécanismes de réparation au sein des aires protégées.

L’organisation, qui gère aujourd’hui 24 parcs et aires protégées dans treize pays africains, présente le départ de Harry comme une décision « mutuelle », liée au renouvellement normal de sa gouvernance. Elle précise que le prince n’a pas été écarté du conseil.

De son côté, le porte-parole du duc de Sussex affirme que celui-ci est fier de ses dix années d’engagement au sein d’African Parks et qu’il soutient le renforcement de la gouvernance de l’organisation. Rien, dans les éléments disponibles, ne permet donc d’établir que son départ constitue une sanction liée aux accusations concernant Odzala-Kokoua.

Mais le calendrier donne nécessairement une résonance particulière à cette décision. Harry avait notamment occupé pendant six ans la présidence d’African Parks, jusqu’en 2023, avant de rejoindre son conseil d’administration.

Le débat dépasse pourtant largement sa personne. Il porte sur un modèle de conservation dans lequel la protection de la biodiversité peut parfois entrer en tension avec les droits et les moyens de subsistance des populations vivant autour des espaces protégés.

Dans certaines régions d’Afrique, la création des parcs s’est accompagnée de restrictions d’accès aux ressources naturelles, de déplacements ou encore d’une marginalisation des communautés locales. Les peuples forestiers se retrouvent parfois à vivre à proximité d’espaces dont ils connaissent les écosystèmes depuis des générations, tout en étant exclus de décisions qui concernent directement leurs territoires.

Le bassin du Congo illustre particulièrement cette contradiction. La protection de ses forêts et de sa biodiversité reste un enjeu majeur, mais elle ne peut être durable sans tenir compte des populations qui dépendent de ces écosystèmes et qui disposent de connaissances anciennes sur leur environnement.

Cela ne remet pas en cause la nécessité de lutter contre le braconnage, la destruction des habitats ou le trafic d’espèces sauvages. Mais les méthodes utilisées doivent répondre à des exigences strictes de responsabilité et de respect des droits humains.

Le dossier d’Odzala-Kokoua pose ainsi une question centrale : à qui revient réellement la responsabilité de définir la conservation en Afrique ? Aux États, aux ONG internationales, aux bailleurs de fonds, aux experts ou aux communautés qui vivent depuis des générations dans ces territoires ?

La réponse ne peut plus être laissée aux seuls gestionnaires des aires protégées. Les populations locales et autochtones doivent pouvoir participer aux décisions, disposer de mécanismes de plainte indépendants et obtenir réparation lorsque leurs droits sont bafoués.

Le départ du prince Harry peut officiellement relever d’un simple changement de gouvernance. Mais l’affaire Odzala-Kokoua rappelle surtout que la prochaine étape de la conservation africaine devra se jouer au plus près des communautés. Protéger une forêt ne devrait pas signifier en exclure ceux qui en dépendent.

 

 Willy Ulengu Samuanda

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