RDC | Le CRREBaC relance la collecte des données hydrologiques sur la Ruki et les tourbières

Dans la province de l’Équateur, le Centre de Recherche en Ressources en Eau du Bassin du Congo (CRREBaC) et ses partenaires scientifiques ont engagé une nouvelle campagne de collecte de données sur la rivière Ruki et les tourbières de Longa. L’objectif est de reconstituer un réseau hydrométrique devenu largement insuffisant et de mieux documenter une ressource essentielle à la gestion du territoire.

« On ne peut pas gérer ce qu’on ne connaît pas. On ne peut pas gérer l’eau sans connaître l’eau », résume le professeur Raphaël Tshimanga, directeur du CRREBaC et de l’École régionale de l’eau (ERE) de l’Université de Kinshasa (Unikin).

À Longa, dans le territoire d’Ingende, les hydrologues ont effectué plusieurs mesures et installé de nouvelles stations d’observation sur la Ruki et dans les tourbières environnantes. Selon les données présentées par le professeur Tshimanga, le débit de la Ruki atteignait environ 2 720 m³ par seconde en période d’étiage. À la crue, il pourrait approcher les 5 000 m³ par seconde, selon les estimations avancées par le chercheur.

Alimentée notamment par la Momboyo et la Tshuapa, la Ruki draine une partie importante de la Cuvette centrale avant de rejoindre le fleuve Congo. Ces mesures doivent permettre de mieux comprendre son régime hydrologique et d’améliorer la connaissance scientifique du bassin.

Un réseau hydrométrique à reconstruire

Cette campagne intervient dans un contexte marqué par la forte réduction du réseau national de mesure des eaux. La RDC comptait autrefois plus de 400 stations hydrométriques réparties sur son territoire. Aujourd’hui, moins d’une quinzaine seraient opérationnelles, selon les chercheurs engagés dans cette mission.

Pour le Dr Benjamin Kitambo, chercheur associé au projet, la remise en état de ce réseau constitue un travail majeur mené avec l’appui de partenaires internationaux, notamment l’Initiative Science pour le Bassin du Congo (CBSI).

Ces données doivent notamment contribuer à la planification des infrastructures hydrauliques, à l’irrigation, à la navigation et à la prévention des risques liés aux crues et aux étiages. Elles peuvent également fournir des informations utiles à l’étude du potentiel hydroélectrique de certaines zones.

Les tourbières au centre des préoccupations

La mission scientifique s’intéresse aussi aux tourbières de Longa. Ces écosystèmes, qui stockent d’importantes quantités de carbone, dépendent étroitement du régime hydrologique. Les nouvelles stations doivent donc permettre de suivre les volumes d’eau qui les alimentent et de mieux comprendre leur évolution.

Pour les chercheurs, l’enjeu est également de disposer de données permettant d’orienter de futurs projets de micro-hydroélectricité et de contribuer au désenclavement énergétique des communautés riveraines.

Les jeunes chercheurs mobilisés sur le terrain participent à cette reconstruction du réseau. Le doctorant Jean-Felly Ngandu souligne les efforts consentis pour déployer les stations dans différentes parties du bassin, avec l’ambition de disposer à nouveau d’une couverture scientifique plus large du territoire.

Landry Nkaba, également doctorant, insiste pour sa part sur la nécessité de protéger les équipements installés aussi bien sur les cours d’eau qu’au cœur des tourbières.

Les communautés appelées à protéger les infrastructures

À Longa, les chercheurs misent également sur l’implication des populations locales. Bruce Bostshinga, chef du groupement des Elinga et chef du village de Longa, a assuré que les habitants veilleraient à la protection des installations après avoir été sensibilisés sur leur importance.

Pour le professeur Tshimanga, cette appropriation est indispensable. Dans les communautés riveraines, l’eau reste à la fois une source de subsistance, de transport et d’activité économique.

Le directeur du CRREBaC appelle ainsi à considérer l’eau comme une ressource stratégique de la RDC, au même titre que les autres richesses naturelles du pays. « L’eau douce a une valeur économique dans tous ses usages », rappelle régulièrement le chercheur.

À travers cette campagne, le CRREBaC entend donc replacer la donnée scientifique au centre de la gestion du patrimoine hydrique congolais. Un préalable, selon les chercheurs, pour transformer l’immense potentiel des eaux du bassin du Congo en véritable outil de développement durable.

 

ANASTASIE MIMBOLO 

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