
Le ministre d’État à la Justice, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a dressé un état des lieux alarmant du système carcéral congolais devant l’Assemblée nationale. Avec 52 095 détenus et 74 prisons non opérationnelles, il plaide pour un renforcement urgent des moyens alloués à la justice.
Auditionné ce jeudi 22 octobre 2026 par la commission chargée du suivi et de l’évaluation de l’exécution des lois, des résolutions et des politiques publiques, le Garde des Sceaux a répondu aux questions liées à l’efficacité des politiques publiques en matière de justice.
La séance était présidée par le député national de Nyiragongo, Singoma Mwanza Hamisi, dans le cadre du contrôle parlementaire de l’action gouvernementale.
Une cartographie carcérale critique
Selon la cellule de communication du ministère, Guillaume Ngefa a présenté la cartographie nationale des établissements pénitentiaires. La RDC compte 214 prisons potentielles, dont 116 subventionnées, 24 non subventionnées et 74 non opérationnelles.
Détaillant la situation des établissements surpeuplés, à l’instar de la prison centrale de Makala, le ministre a souligné le décalage entre la capacité d’accueil d’infrastructures construites avant l’indépendance et l’évolution de la population carcérale.
Au 20 octobre 2026, le pays compte 52 095 détenus, dont 11 835 condamnés et 40 260 prévenus. Parmi eux figurent 80 femmes accompagnées d’enfants ou de nourrissons et 27 femmes enceintes.
Rations impayées et chantiers en cours
Le ministre a également exposé les contraintes budgétaires et logistiques qui affectent le secteur, notamment l’irrégularité du décaissement des fonds destinés à la ration alimentaire et médicale des détenus.
Pour assainir la gestion, il a annoncé la négociation d’un partenariat avec le Service national et la révision des contrats de fourniture. Il a par ailleurs évoqué l’avancement des projets d’infrastructures, dont la construction de la prison moderne de Mbandaka et des réhabilitations ciblées.
Concernant la magistrature, Guillaume Ngefa a rappelé que la gestion du budget de fonctionnement et de rémunération relève de l’autonomie du Conseil supérieur de la magistrature, conformément à la loi. Il a réaffirmé l’engagement du gouvernement à accompagner le pouvoir judiciaire par la dotation en infrastructures adéquates et le renforcement de la concertation avec le CSM.
Vers un fonds spécial pour la justice
Les échanges avec les députés ont porté sur la couverture judiciaire du territoire, la lutte contre les déserts judiciaires, la présence effective des magistrats à l’intérieur du pays, les procédures de passation des marchés publics et la prise en charge des catégories vulnérables. L’initiative d’un projet pilote de prison-école sur le site de l’île de Bulambemba, à Boma, dans le Kongo-Central, a également été évoquée.
À cette occasion, le ministre d’État a sollicité l’appui de la représentation nationale pour la mise en place d’un fonds spécial de soutien à la justice, afin d’accroître les ressources allouées au secteur et de garantir un meilleur accès au droit.
Un plaidoyer qu’il avait déjà défendu auprès du ministre du Budget, Adolphe Muzito, avant le dépôt du projet de loi de finances 2027, en réclamant une enveloppe de plus de 100 millions de dollars. Le texte étant désormais à l’Assemblée nationale, la balle est dans le camp des élus, en leur qualité d’autorité budgétaire.
Willy Ulengu Samuanda