Après la création du FRN, plusieurs cadres du PPRD prennent leurs distances avec Joseph Kabila

La création à Goma du Front pour la refondation de la nation (FRN), dirigé par Joseph Kabila, provoque des remous au sein du PPRD. En moins de vingt-quatre heures, plusieurs cadres du parti ont annoncé leur départ ou publiquement rejeté le recours à la lutte armée.

Le premier départ notable est celui de Patrick Nkanga Bekonda, rapporteur du Bureau politique du PPRD et militant du parti depuis 2006.

Dans un communiqué signé le 12 octobre, il annonce mettre fin à son appartenance au parti ainsi qu’aux responsabilités qu’il y exerçait. Il qualifie son choix de « lourde et pénible décision » et invoque des raisons de convenance personnelle. Pour la suite, il dit vouloir prendre du recul et travailler à une alternative fondée sur des valeurs « patriotiques, pacifiques et républicaines ».

Patrick Nkanga ne cite explicitement ni Joseph Kabila ni le FRN. Mais son départ intervient le jour même de l’annonce, à Goma, de la nouvelle coalition politico-militaire dirigée par l’ancien président.

Allegra Fosh Ngalula, vice-présidente de la Ligue des jeunes du PPRD, a également annoncé sa démission avec effet immédiat. Dans sa lettre, elle dit se désolidariser de toute initiative susceptible de « perturber la paix », de déstabiliser les institutions ou de compromettre la sécurité de la population.

D’autres cadres ont choisi la prise de distance publique plutôt qu’une démission formelle.

India Omari a affirmé sur X que la fidélité à ses convictions pouvait conduire à se dissocier de certaines orientations, tout en réaffirmant son attachement à une action politique pacifique et au respect de la Constitution. Aristote Ngarime, secrétaire national chargé de la communication du PPRD, s’est montré plus explicite : il dit se désolidariser des orientations et actions du mouvement politico-militaire annoncé à Goma et affirme être « contre la rébellion ».

La prise de distance s’étend également au-delà des structures actuelles du parti.

L’ancienne ministre des Droits humains Marie-Ange Mushobekwa a annoncé mardi 13 octobre qu’elle refusait la voie armée qu’elle attribue désormais à Joseph Kabila. Après avoir rappelé avoir travaillé à ses côtés pendant une dizaine d’années, elle affirme vouloir poursuivre son engagement politique dans l’opposition, mais à Kinshasa et par des moyens républicains. Elle plaide également pour un dialogue inclusif.

Ces réactions interviennent après l’annonce du Front pour la refondation de la nation, coalition comprenant notamment des composantes de l’ex-AFC et du M23. Le mouvement affirme vouloir combattre ce qu’il qualifie de « tyrannie », y compris par le recours à la force. Corneille Nangaa figure parmi ses principaux dirigeants aux côtés de Joseph Kabila.

La séquence ouvre ainsi une ligne de fracture au sein de l’ancien camp présidentiel : non pas nécessairement autour de l’opposition au pouvoir de Félix Tshisekedi, que plusieurs de ces cadres continuent d’assumer, mais autour des moyens utilisés pour mener cette opposition.

Pour le PPRD, l’enjeu est désormais de mesurer jusqu’où ces départs et désolidarisations peuvent affecter sa cohésion politique après le choix de Joseph Kabila de prendre la tête du FRN.

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