
Quand un ministre de la Justice en exercice se sent obligé de dénoncer publiquement la corruption au sein du barreau, ce n’est pas un simple fait divers : c’est un aveu institutionnel. Guillaume Ngefa Atondoko n’a pas seulement parlé de dossiers mal rédigés ou de rapports d’audience absents. Il a mis le doigt sur une plaie béante : la justice en RDC souffre d’une perte de crédibilité, nourrie par la connivence entre certains avocats, magistrats et responsables administratifs.
D’un point de vue psychologique, cette corruption généralisée crée un climat d’impuissance collective. Le citoyen lambda, témoin des scandales financiers ou des procès biaisés, intériorise l’idée que la justice n’est pas un recours mais un marché. On ne plaide plus, on négocie. On ne cherche plus la vérité, on achète le verdict. Cette perception installe ce que les psychologues appellent un « sentiment d’impuissance acquise » : la croyance que, quoi qu’on fasse, rien ne changera.
Sur le plan politique, cette crise de confiance est un désastre. Comment demander au peuple de respecter les lois si ceux qui les incarnent les contournent ? Comment bâtir un État de droit quand la toge devient un costume d’homme d’affaires ? Dans ce contexte, la sortie du ministre apparaît à la fois comme un acte de transparence et comme une stratégie défensive : il prend ses distances du scandale des 2,4 millions de dollars, tout en posant une ligne rouge pour son mandat.
Mais au-delà des mots, la vraie question demeure : la lutte annoncée contre la corruption sera-t-elle structurelle ou simplement symbolique ? Si elle se limite à des dénonciations médiatiques, elle renforcera le cynisme populaire. Si, par contre, elle s’accompagne de réformes concrètes audits indépendants, sanctions exemplaires, protection des magistrats intègres, alors le discours de M. Ngefa pourrait marquer le début d’une restauration de confiance.
En définitive, la corruption dans la justice congolaise n’est pas seulement un délit, c’est une maladie psychopolitique : elle affaiblit l’autorité de l’État et désarme psychologiquement le peuple. La dénoncer est nécessaire, mais la guérir exige un courage qui dépasse les déclarations publiques.

Salem MAPUNA l’analyste politico-psychologique