Kabila va snober la convocation du Sénat, c’est évident !

Il est convoqué, mais nul ne s’attend à le voir franchir les grilles du Palais du Peuple. Joseph Kabila Kabange, Président durant dix-huit ans, sénateur à vie depuis son retrait en 2019, est attendu ce mardi 20 mai à 11h pour une séance de travail avec la commission spéciale du Sénat. Objet : l’examen du réquisitoire de l’Auditeur général près la Haute Cour Militaire, prélude à une levée d’immunité qui ferait tomber l’un des derniers remparts d’un ancien système.

Mais à Kinshasa, la conviction est presque générale : Kabila ne viendra pas. Ce n’est pas seulement une hypothèse politique, c’est un diagnostic fondé sur une constante : l’ancien Chef de l’État n’a jamais répondu aux grands rendez-vous quand il ne les contrôlait pas.

Depuis 2019, pas une prise de parole publique au pays, pas une présence officielle aux grands moments de la vie républicaine, pas même une réaction patriotique face aux drames nationaux. Le mutisme est devenu chez lui une stratégie – ou une armure. L’absence comme posture, l’effacement comme refus d’endosser un rôle qu’il n’a pas choisi.

Et surtout, l’absence comme signe d’un mépris assumé pour le régime actuel.

Car entre Kabila et le Président Tshisekedi, il n’y a plus de non-dits. Il y a désormais des actes. La fin de la coalition FCC-CACH, annoncée fin 2020, a été le véritable point de bascule. Le Président Tshisekedi, jusque-là tenu par les équilibres hérités de son prédécesseur, a pris le risque d’en découdre. Il a réorganisé l’Assemblée, redéfini les alliances, placé ses hommes dans les postes-clés. Une rupture sans bavure, saluée par une partie de l’opinion comme un signal de retour à l’autorité républicaine.

Depuis, les initiatives se sont enchaînées, souvent sous-estimées, mais décisives. L’instauration de la gratuité de l’enseignement de base, la réforme de l’armée, la relance de projets d’infrastructures, les efforts de diplomatie régionale pour contenir l’agression dans l’Est… Félix Tshisekedi n’a pas gouverné dans l’ombre de Kabila. Il s’en est émancipé, malgré les pièges.

Et aujourd’hui, c’est l’État qui frappe à la porte du passé.

Il faut relire les mots, lourds de conséquences, du ministre de la Justice, Constant Mutamba, dans un communiqué officiel publié le mois dernier. Kabila a été accusé de « haute trahison » pour sa participation à l’agression militaire orchestrée par le Rwanda via le M23/AFC. Des accusations graves, relayées dans un contexte d’escalade dans l’Est, où le gouvernement cherche désormais à établir les responsabilités internes autant qu’externes. À cela s’ajoute la saisie de ses biens mobiliers et immobiliers, et une restriction de ses déplacements.

Comme pour verrouiller le dossier, le ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani a, lui, officiellement demandé la dissolution du PPRD, parti de Kabila, considéré comme un vecteur de déstabilisation politique.

Ce n’est plus un bruit de couloir. C’est une mécanique d’État. Et face à cela, le silence de Kabila n’est plus seulement une posture. Il devient un aveu d’isolement.

Ne pas venir, ce mardi, serait fidèle à la méthode. Mais ce serait aussi un moment de bascule symbolique. L’ancien président, que l’on disait faiseur de rois, semble désormais reclus dans une tour d’ivoire fissurée. L’homme des silences se retrouve face à une institution qui ne lui parle plus à voix basse.

Et Félix Tshisekedi, sans esclandre, trace un chemin républicain dont la fermeté étonne ses détracteurs autant qu’elle rassure ses partisans. Loin du tumulte verbal, il pose des actes. Sans humilier, il assainit. Sans vengeance, il avance.

Alors non, Kabila ne viendra probablement pas. Mais cette fois, son absence ne sera pas perçue comme de la hauteur. Ce sera l’écho d’un monde révolu. Et peut-être, le début d’un compte à rebours judiciaire.

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