
C’est une missive qui claque comme un coup de tonnerre dans le ciel moite de Kinshasa. Après une année passée dans les limbes du silence, Joseph Kabila brise l’hibernation. Dans une déclaration sèche, transmise à la presse congolaise, l’ancien raïs annonce son retour au pays « sans délai ». Motif invoqué : la République démocratique du Congo va mal. Très mal. Et Kabila se veut le remède.
« Déliquescence », « dégradation », « péril en la demeure » : le ton est grave, le lexique alarmiste. Kabila, 52 ans, président de 2001 à 2019, dit vouloir commencer son come-back par l’Est, cette partie du pays livrée à un chaos armé persistant. Là où les FARDC, toujours empêtrées dans une guerre sans fin contre les rebelles de l’AFC/M23, tentent de colmater les brèches d’un État absent.

Mais ce retour n’est pas du goût de tout le monde.
Du côté de la diplomatie congolaise, on botte en touche. À Johannesburg, la ministre Thérèse Kayikwamba Wagner tempère : « Aucun rôle n’est prévu à ce stade » pour l’ancien président dans la résolution de la crise sécuritaire. Circulez, y a rien à voir. Sauf que l’homme aux lunettes sombres, souvent tapi dans l’ombre, semble bien décidé à s’inviter dans le débat. Voire à le vampiriser.
Car l’histoire est têtue. Et les accusations, tenaces. Le 18 mars dernier, toujours à Johannesburg, Kabila balayait comme « infondées » les allégations le liant au M23. Il plaidait pour une solution « endogène », fustigeant une crise congolaise pensée « sans les Congolais ». Un plaidoyer pour la souveraineté, peut-être. Une stratégie de réhabilitation politique, sûrement.
En face, les couteaux sont déjà tirés. Jean-Pierre Bemba, ancien rival devenu allié du régime Tshisekedi, aujourd’hui vice-premier ministre, a relancé les hostilités depuis Kikwit. Il accuse frontalement Kabila d’être « derrière les violences armées » dans plusieurs provinces. Avec des « preuves », dit-il, qu’il promet de balancer « bientôt ».
À cette querelle d’anciens se greffe la relance du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), l’ex-mastodonte kabiliste, qui célébrait récemment ses 23 ans dans une ambiance de réactivation. Une manière, sans doute, de préparer le terrain pour le retour du patron. Ou pour une nouvelle bataille.
LUKEKA KALUME