
Sous le soleil sec du Katanga, une résistance verte s’organise. Le maire de Lubumbashi, Patrick Kafwimbi, nommé le 27 février dernier, s’est dressé comme un barrage face aux pelleteuses clandestines qui mordent les rives du lac Kipopo. Ce joyau naturel, poumon humide dans un monde de poussière, est désormais le théâtre d’un affrontement entre béton et biodiversité.
Un ordre est tombé, clair et net : stop aux constructions illégales. Le numéro un de la ville, lors d’une conférence de presse sobre mais déterminée, a sorti l’artillerie des mots :
« Nous ne pouvons pas permettre que notre patrimoine naturel soit détruit au nom du développement. »
À ses yeux, le Kipopo n’est pas un terrain à lotir, mais une mémoire vivante, un réservoir d’eau et d’espoir pour des milliers d’habitants.
Derrière les façades des projets « spontanés », une logique bien connue : des intérêts privés pressés de transformer les berges en parcelles, les mangroves en parkings, la faune en souvenir. En quelques semaines, les signes de l’agression sont visibles. Végétation décimée, eau troublée, poissons en fuite. Et des voix, celles des riverains, qui s’élèvent contre une pollution rampante qui abîme les corps autant que les paysages.

Face à cette menace, Kafwimbi ne veut pas jouer les pompiers impuissants. Il promet une équipe de contrôle, des inspections, des sanctions. Mais derrière l’affichage, le vrai combat commence : celui de l’application. Car dans une ville où les permis s’arrachent parfois à l’ombre des deals, faire respecter la loi relève souvent du parcours du combattant.
Pourtant, le signal est passé. Des ONG locales, longtemps isolées dans leur combat écologique, trouvent là un allié de taille. Des campagnes de sensibilisation fleurissent, des partenariats se nouent. La société civile semble vouloir prendre le relais, rappeler que la nature n’est pas un luxe, mais une condition de survie.
Dan Banze