
La levée des immunités de l’ancien président ouvre la voie à des enquêtes tous azimuts. Arrestations, détentions et disparitions ciblent désormais plusieurs de ses anciens fidèles.
L’étau se resserre autour de Joseph Kabila. L’ancien président, sénateur à vie depuis son départ du pouvoir en 2019, est désormais exposé à des poursuites judiciaires après la levée de ses immunités parlementaires. Le Sénat, à une majorité écrasante, a adopté le 22 mai le projet de résolution de la commission spéciale dirigée par Christophe Lutundula, donnant ainsi suite au réquisitoire de l’auditeur général près la Haute Cour militaire.
Mais déjà, en coulisses, le coup de filet semble s’être enclenché. À Kinshasa, plusieurs proches de l’ex-chef de l’État ont été interpellés dans la foulée, dans un climat d’inquiétude et de tensions. Parmi eux, Martin Kabwelulu Labilo, ancien ministre des Mines et figure de proue du camp kabiliste, a été arrêté, tout comme son épouse, Yvonne Mwepu Kibanda, ancienne députée nationale. Cette dernière a depuis été relâchée, mais son mari reste détenu par les services du Conseil national de cyberdéfense (CNC), un organe rattaché à la présidence et dirigé par Jean-Claude Bukasa.
À ce stade, les autorités n’ont formulé aucune inculpation publique contre Kabwelulu. Officiellement, les investigations portent sur les liens financiers supposés entre l’ancien ministre et Joseph Kabila, notamment autour de carrés miniers attribués à la famille de l’ex-président.
« Ce n’est pas lui la cible, mais celui pour qui il a travaillé. On l’interroge surtout sur les concessions minières de Kabila, sur leurs origines et les flux de financement », confie à ACTUALITE.CD une source proche du dossier.
Selon la même source, des téléphones portables ont été saisis, et les avocats du suspect n’ont pas encore eu accès à leur client. Seul un des enfants du couple a pu lui rendre visite.
En parallèle, la disparition du général Pierre Banywesize Cishungu, ancien chef de sécurité de Joseph Kabila, ajoute à l’agitation du moment. Selon sa famille, il a été emmené par des individus non identifiés alors qu’il était en poste à Dungu, dans le Haut-Uele.
« Nous sommes sans nouvelles, et ignorons tout de sa localisation ou des motifs de cette interpellation », a dénoncé sa famille dans un communiqué transmis à la presse.
Le silence des autorités, pour l’heure, renforce les soupçons d’une vaste opération discrète de démantèlement du réseau kabiliste.
Ce revirement judiciaire intervient dans un climat où la présidence de Félix Tshisekedi cherche à affirmer son autorité face aux figures de l’ancien régime. La rhétorique officielle évoque la lutte contre l’impunité et la nécessité de rendre des comptes. Mais pour le Front commun pour le Congo (FCC), coalition politique fidèle à Kabila, il s’agit d’une manœuvre politique. L’ancien regroupement présidentiel dénonce une « persécution » et parle même de « terrorisme d’État ».