
Après plusieurs années de relative discrétion, Joseph Kabila refait surface. Alors qu’il avait entamé une thèse sur les relations entre la Chine et la RDC, un projet académique amorcé en Afrique du Sud, l’ancien président semble désormais prêt à le mettre en repos. Selon son entourage, l’enjeu est bien plus urgent : « son pays ».
Dans une tribune publiée dans un média sud-africain, il critique la gestion actuelle de la RDC et met en garde contre l’illusion d’une solution militaire face à la crise dans l’Est. Un retour médiatique qui, selon ses proches, s’inscrit dans une stratégie plus large : celle de reprendre sa place dans le jeu politique et de relancer son parti, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD).
Depuis plusieurs mois, Joseph Kabila multiplie les contacts avec ses anciens collaborateurs. En janvier, il a organisé une réunion à Nairobi, au Kenya, avec plusieurs figures-clés de son régime, parmi lesquelles Aubin Minaku, Néhémie Mwilanya, Emmanuel Ramazani Shadary, Richard Muyej et Kikaya Bin Karubi.
À l’issue de cette rencontre, Minaku a été désigné vice-président du PPRD et chargé d’assurer l’intérim du parti, en collaboration avec Ramazani Shadary. Une manière pour l’ancien président de restructurer son camp avant d’officialiser son retour sur la scène politique congolaise.
Dans sa tribune, Joseph Kabila ne cache pas ses réserves sur la gestion actuelle du pays. Selon lui, le pouvoir en place de veut modifier la Constitution et ne souhaite pas respecter les équilibres institutionnels.
« Ce que fait Tshisekedi, c’est piétiner le pacte républicain de Sun City, signé par tous les Congolais », affirme le très fidèle conseiller diplomatique Kikaya Bin Karubi, en référence aux accords de 2002 qui avaient permis de stabiliser la RDC après des années de guerre civile.
L’entourage de Kabila remet en question l’efficacité des opérations militaires en cours, notamment l’implication des forces de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Selon un général proche de l’ancien président, actuellement en exil, l’armée sud-africaine n’est pas préparée aux réalités du terrain.
« Les Sud-Africains ont été humiliés à Goma. Ils ont levé le drapeau blanc après une attaque des rebelles. Ce sont des soldats bien entraînés, mais ils ne connaissent pas le terrain », estime-t-il.
Il rappelle qu’en 2012 et 2013, sous la présidence de Kabila, les Forces armées de la RDC (FARDC) avaient réussi à mettre en déroute le M23 grâce à une stratégie coordonnée.
« Nous avions battu le M23. C’était fini. Aujourd’hui, ils sont de retour et ce pouvoir est incapable de défendre le pays », critique Kikaya Bin Karubi.
L’ancien président envoie aussi un signal à l’organisation régionale et aux partenaires internationaux. Son entourage estime que la SADC est instrumentalisée par le gouvernement congolais et que l’approche militaire actuelle ne permettra pas de résoudre durablement la crise sécuritaire.
« L’implosion est imminente. Si le problème congolais n’est pas traité en profondeur, la crise persistera bien au-delà du conflit avec le Rwanda », aurait averti Kabila.
En plus de sa stratégie politique, Joseph Kabila prévoit de renforcer sa présence numérique. Selon un proche, il prépare l’ouverture d’un compte officiel sur X afin de communiquer directement avec l’opinion publique.
« Oui, c’est authentique. Il travaille dessus », confirme cette source.
L’ancien président entend ainsi peser dans le débat politique et mobiliser ses soutiens.