
Présente à la cérémonie de relance du projet hydroélectrique de Grand Katende, Nathalie Kambala Luse, personnalité influente de la société civile de la province du Kasaï Central, n’a pas caché son scepticisme face à un projet dont la population a trop souvent vu les promesses s’enliser. Elle salue cependant une dynamique nouvelle, portée par l’implication directe du gouvernement central.
Tandis que les projecteurs étaient braqués sur les Ministres des Finances Doudou Fwamba Likunde Libotayi, des Ressources hydrauliques, Teddy Luamba, et du Budget Aimé Boji, ce samedi 10 mai à Kinshasa, une voix s’est élevée avec lucidité et prudence au cœur des festivités officielles. Nathalie Kambala Luse, directrice de l’ONG Femmes Main dans la Main pour le Développement Intégral (FMMDI) et membre active de la société civile du Kasaï Central, a tenu à replacer l’histoire du projet Grand Katende dans la mémoire collective de sa province.
« Ce mot de relance, nous l’avons trop entendu », confie-t-elle d’emblée.
Et pour cause : dès 2008, l’ancien président Joseph Kabila posait la première pierre du barrage hydroélectrique. En 2011, il revenait sur les lieux pour une nouvelle relance. Plus récemment encore, c’est Félix Tshisekedi lui-même qui, fraîchement élu, avait promis de remettre ce chantier sur pied. Entre-temps, des équipements sont arrivés sur site, des espoirs ont été nourris… puis balayés par le silence et l’inertie.


Ce qui retient aujourd’hui l’attention de Nathalie Kambala, c’est le niveau inédit d’implication gouvernementale.
« Ce n’est plus une entreprise isolée qui tente de démarrer les travaux avec ses propres fonds, c’est l’État lui-même qui prend les choses en main », insiste-t-elle.
La présence simultanée de plusieurs ministres de poids, la participation active de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka attendue prochainement sur le terrain, et l’engagement assumé de l’État à financer la relance sur fonds propres – tout cela, dit-elle, donne du poids à cette nouvelle tentative.


Mais elle s’interroge tout de même :
« Pourquoi relocaliser la relance à Kinshasa ? ».
Un choix symbolique, selon elle, qui contraste avec le manque de visibilité médiatique locale dans la région directement concernée.
« On ne sait pas si les images de cette cérémonie parviendront au Kasaï Central, là où les populations attendent des actes concrets. »
Loin d’être résignée, Nathalie Kambala adopte un ton mobilisateur. Elle appelle la population à se faire « sentinelle du projet », rappelant la promesse d’un comité de suivi auquel les acteurs locaux doivent être pleinement associés. L’objectif : éviter un nouvel enlisement.
« On ne veut plus de promesses en l’air. Si on nous dit que dans une année les activités vont commencer, alors que cela se réalise. Sinon, nous hausserons encore le ton, comme d’habitude. »

Pour cette militante engagée, l’accès à l’électricité et à l’eau est un droit fondamental, trop longtemps ignoré dans le Kasaï Central, une région frappée par le chômage et le manque d’infrastructures de base.
« Cette fois-ci, soyons vigilants. C’est notre projet, il ne faut pas se décourager », lance-t-elle pour conclure.
LUKEKA KALUME