RDC/Kinshasa | Le FONAREDD valide son rapport 2025 et mise sur l’économie verte pour freiner la déforestation d’ici 2030

La République démocratique du Congo veut accélérer sa transition vers une économie plus verte tout en renforçant la lutte contre la déforestation. Réuni jeudi à Kinshasa, le Comité de Pilotage (COPIL) du Fonds National REDD+ (FONAREDD) a approuvé son rapport annuel consolidé 2025, validé la feuille de route de l’évaluation indépendante prévue en 2026 et confirmé les engagements financiers destinés à soutenir les objectifs climatiques du pays à l’horizon 2030.

Au-delà de l’exercice administratif, cette réunion a mis en lumière une réalité stratégique : la protection du deuxième plus grand massif forestier tropical de la planète reste étroitement liée à la transformation du modèle de développement congolais. « La lutte contre la déforestation passe d’abord par une réforme des secteurs qui en sont les principaux moteurs », résument plusieurs acteurs impliqués dans le processus.

L’analyse du rapport 2025 révèle que le secteur agricole demeure la priorité du portefeuille financé par le FONAREDD. Cette orientation n’est pas fortuite. Selon les études menées dans le cadre du partenariat entre la RDC et l’Initiative pour la Forêt de l’Afrique Centrale (CAFI), l’expansion agricole figure parmi les principales causes de la dégradation du couvert forestier.

Présentant les chiffres du portefeuille, Dolly Kenga, responsable du portefeuille au FONAREDD, a indiqué que l’agriculture absorbe près de 30 % des financements programmés, soit environ 191 millions de dollars sur un portefeuille global estimé à 635 millions de dollars.

« L’agriculture étant le premier moteur de déforestation, il est logique qu’elle bénéficie de la plus grande part des investissements », a-t-il expliqué.

L’énergie arrive en deuxième position avec 111 millions de dollars, suivie des programmes liés à la démographie et à la planification familiale. En revanche, le secteur de l’éducation ne bénéficie que d’une enveloppe limitée, une situation qui a suscité plusieurs interrogations au sein du Comité.

Face aux préoccupations liées à la mobilisation des ressources nationales, le gouvernement a tenu à rassurer ses partenaires techniques et financiers.

Le président du COPIL et ministre des Finances, Doudou Fwamba, a annoncé que la contribution de l’État au fonctionnement du Secrétariat exécutif du FONAREDD suit désormais la chaîne normale des dépenses publiques.

« Le gouvernement a tenu à respecter les engagements pris et le paiement pourra intervenir au cours du mois de juillet », a-t-il affirmé.

Cette clarification intervient dans un contexte où les partenaires internationaux accordent une attention particulière à la capacité de la RDC à honorer ses engagements domestiques, condition souvent jugée essentielle pour maintenir la confiance des bailleurs de fonds.

Si le bilan présenté fait état d’avancées notables, plusieurs défis structurels continuent de ralentir l’exécution des programmes.

La diversification des sources de financement, les retards de décaissement, les chevauchements entre certaines initiatives ainsi que l’impact de l’insécurité dans plusieurs provinces figurent parmi les principales contraintes identifiées.

Ces préoccupations ont alimenté les échanges entre les membres du Comité. Représentant CAFI, Monica Camacho a notamment interrogé les responsables du programme sur les mesures concrètes mises en œuvre pour améliorer les capacités d’absorption des financements.

« La question n’est pas seulement de mobiliser les ressources, mais aussi de s’assurer qu’elles produisent effectivement des résultats sur le terrain », a-t-elle souligné.

En réponse, le Secrétaire exécutif du FONAREDD, Bavon Nsa Mputu, a insisté sur la nécessité de renforcer la coordination institutionnelle.

« Toutes les décisions sont prises de manière concertée. La régularité du fonctionnement des organes de gouvernance reste un élément essentiel de notre efficacité », a-t-il rappelé.

Au-delà des chiffres, plusieurs membres du gouvernement ont insisté sur l’importance de mesurer l’impact réel des programmes auprès des populations.

La ministre des Affaires foncières, O’Neige N’sele Mimpa, a plaidé pour une approche davantage orientée vers les résultats.

« Nous devons sortir de la logique des activités pour entrer dans celle des impacts visibles. Les populations attendent des résultats concrets », a-t-elle déclaré.

L’ambition affichée est considérable : réduire de 25 % l’utilisation du bois-énergie d’ici 2030 au profit des énergies renouvelables, assurer un suivi régulier du couvert forestier national et développer plusieurs dizaines de milliers d’hectares de cultures pérennes afin de limiter la pression exercée sur les forêts.

L’une des discussions les plus sensibles a porté sur la faible part accordée à l’éducation dans la programmation financière.

Avec seulement 1,5 million de dollars prévus, ce secteur apparaît marginal par rapport aux autres priorités du portefeuille.

La ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, Marie-Thérèse Sombo, a exprimé ses réserves.

« La sensibilisation et le changement de comportement constituent pourtant des leviers essentiels de la lutte contre la déforestation. Un enfant sensibilisé peut devenir un vecteur de transformation au sein de sa famille », a-t-elle estimé.

Cette réflexion rejoint d’ailleurs plusieurs recommandations formulées ces dernières années par les experts du climat, qui considèrent l’éducation environnementale comme un investissement stratégique de long terme.

La réunion a également permis d’examiner les conclusions préliminaires d’une évaluation réalisée par le cabinet TEREA. Celle-ci met en évidence plusieurs écarts entre les ambitions initiales du programme et certaines réalisations observées sur le terrain.

« Le temps est venu pour chaque partie prenante d’assumer pleinement ses responsabilités afin de garantir la réussite du programme », a-t-il déclaré.

Le gouvernement considère désormais le partenariat CAFI-RDC comme l’un des principaux instruments de préparation de l’économie verte congolaise, notamment à travers les réformes engagées dans l’aménagement du territoire, la gouvernance forestière, l’énergie propre et la finance carbone.

L’approbation du rapport 2025 intervient à un moment charnière pour la politique climatique congolaise. Depuis plusieurs années, la RDC cherche à concilier préservation de son immense patrimoine forestier et développement économique.

Les précédentes revues du partenariat CAFI-RDC avaient déjà insisté sur la nécessité de renforcer la coordination des interventions, d’améliorer l’exécution des financements et de mieux associer les communautés locales aux bénéfices des investissements climatiques.

La revue approfondie prévue en octobre 2026 devrait permettre d’évaluer les progrès réalisés et de définir les ajustements nécessaires pour la suite du partenariat CAFI-RDC 2021-2031.

À l’approche de cette échéance, une conviction semble désormais s’imposer parmi les décideurs : la réussite de la transition écologique congolaise dépendra moins de l’ampleur des financements mobilisés que de leur capacité à produire des résultats visibles sur le terrain, au bénéfice des populations et de la préservation durable des forêts du bassin du Congo.

Willy Ulengu Samuanda

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