
Économie, fiscalité et environnement se croisent désormais dans le débat sur le pétrole en République démocratique du Congo. Une analyse attribuée à l’économiste et député national Godé Mpoy alerte sur les effets que pourrait avoir l’appréciation du franc congolais sur les entreprises de logistique et de distribution des produits pétroliers.
Dans une publication largement relayée sur les réseaux sociaux, Godé Mpoy estime que la progression du franc congolais ne traduit pas nécessairement une amélioration structurelle de l’économie. Il met notamment en avant les difficultés que rencontreraient certaines entreprises pétrolières dont les coûts et les revenus restent fortement exposés aux variations du dollar.
Le secteur est effectivement confronté à une équation complexe. En avril 2026, le gouvernement avait encore révisé les structures de prix des carburants dans les différentes zones d’approvisionnement, sur fond de tensions internationales et de hausse des cours des produits pétroliers. Le litre d’essence avait notamment été porté à 2 640 francs congolais dans la zone Ouest, tandis que le gasoil atteignait 2 635 francs.
Le poids de la logistique
Pour les opérateurs, le problème ne se limite pas au prix affiché à la pompe. Transport, stockage, fiscalité, droits et redevances entrent dans la formation du prix final. La Fédération des entreprises du Congo a d’ailleurs signalé en février plusieurs difficultés liées à la pression fiscale et parafiscale ainsi qu’à l’application de certaines obligations administratives dans le secteur.
Le gouvernement cherche parallèlement à réduire certains coûts et à sécuriser l’approvisionnement. Dans les provinces de l’Est, une nouvelle structure tarifaire adoptée en mai 2026 intègre notamment les coûts logistiques, les marges commerciales et différentes taxes dans le calcul des prix.
Derrière cette bataille autour du taux de change et de la fiscalité se joue aussi la capacité de la RDC à organiser durablement son secteur des hydrocarbures. La première Conférence nationale sur les hydrocarbures, organisée à Lubumbashi en juillet, a justement placé la gouvernance et la sécurité de l’approvisionnement parmi les principaux défis du secteur.

Cette gouvernance comporte également une dimension environnementale. Les choix opérés dans l’exploration, le transport, le stockage et la distribution doivent être accompagnés de mécanismes de prévention des pollutions et de protection des communautés. En RDC, les débats sur les hydrocarbures portent déjà sur la compatibilité entre développement pétrolier, protection des écosystèmes et droits des populations riveraines.
L’alerte de Godé Mpoy mérite donc d’être replacée dans un débat plus large : comment maintenir un approvisionnement accessible, préserver les équilibres économiques des opérateurs et garantir à l’État des recettes suffisantes, tout en renforçant la transparence et les exigences environnementales ?

Une question d’autant plus stratégique que les documents budgétaires du gouvernement reconnaissent eux-mêmes la vulnérabilité des recettes publiques aux fluctuations des cours du pétrole et aux évolutions du marché international.
Willy Ulengu Samuanda