
L’Incubateur du Génie Scientifique Congolais (IGSC) et l’École de Guerre de la RDC organisent, ce jeudi 14 mai 2026, une session stratégique sur la valorisation des innovations locales dans le domaine de la défense. Cette collaboration inédite vise à transformer les résultats de la recherche universitaire en leviers de puissance pour faire face aux défis des « guerres postmodernes ».
Le paradigme de la sécurité nationale en République démocratique du Congo amorce un tournant doctrinal. Sous l’impulsion du professeur Michel Bisa Kibul, l’IGSC multiplie les passerelles avec les institutions militaires d’élite. Après l’intervention remarquée du général Augustin Mamba Mubiay (CHESD) le 12 mai dernier, c’est au tour du général Godefroid Muland, commandant de l’École de Guerre, de s’adresser aux chercheurs et innovateurs ce jeudi à l’ISP Gombe. L’objectif est clair : intégrer le génie scientifique endogène dans l’arsenal stratégique du pays.

L’initiative repose sur un constat : les conflits contemporains ne se gagnent plus uniquement par la force cinétique des chars ou des missiles, mais par la maîtrise technologique. Algorithmes, intelligence artificielle, nouveaux matériaux et brevets d’invention sont désormais considérés comme des « armes postmodernes ». Pour les autorités militaires, la protection de la propriété intellectuelle congolaise relève désormais de la sécurité d’État, afin d’éviter que des innovations stratégiques ne soient exportées ou exploitées sans l’aval des autorités.

Ce cycle de formation ambitionne de transformer les universités et centres de recherche en véritables incubateurs de solutions opérationnelles. Il s’agit de passer du stade de la recherche fondamentale à celui du prototype industriel capable de répondre aux besoins logistiques, sanitaires ou technologiques des forces de défense. En impliquant les « services aux longues oreilles » (renseignement) et les techniciens de guerre, le gouvernement cherche à créer une culture de « patriotisme scientifique ».
Au-delà de l’aspect technique, cette collaboration souligne l’urgence de sécuriser l’intelligence collective nationale. Dans un monde de guerre économique et de cybermenaces, la valorisation des inventions locales est présentée comme l’ultime rempart pour la souveraineté de la RDC. Le rendez-vous de ce jeudi marque ainsi une étape clé dans la volonté de Kinshasa de ne plus être un simple consommateur de technologies étrangères, mais un producteur de défense autonome.
Anastasie Mimbolo