
En décidant de nationaliser son or, le Mali opère un virage géopolitique majeur aux conséquences régionales. Cette décision rappelle d’autres précédents africains tragiques, mais marque surtout la volonté affirmée d’un État de reprendre le contrôle de ses richesses.
Entre 1990 et 2020, plus de 700 milliards de dollars d’or ont été extraits d’Afrique de l’Ouest, dont 92 % des profits n’ont jamais bénéficié aux pays producteurs. Des sociétés étrangères, notamment AREVA (France) et Barrick Gold (Canada), ont signé des contrats largement déséquilibrés, hérités de l’ère postcoloniale, parfois adossés à des appuis militaires ou des garanties du FMI.
Certains sites comme Yatela et Morila auraient même, selon plusieurs sources, servi à financer des opérations opaques en Libye et en Côte d’Ivoire. Des institutions bancaires comme BNP Paribas et des entités discrètes domiciliées à Genève seraient également citées dans ces circuits financiers complexes.
En rompant avec cette architecture, le Mali envoie un signal fort. Le pays ne se limite pas à la souveraineté sur l’or, il vise également l’uranium au Niger, ce qui pourrait provoquer des réactions militaires indirectes, souvent justifiées sous le prisme sécuritaire.
Dans un continent marqué par la dépossession des ressources, cette initiative malienne pourrait inaugurer une nouvelle ère où les États cherchent à se réapproprier leur patrimoine stratégique, au prix, peut-être, de nouveaux affrontements.
DAN BANZE