
Ce matin, le Congo s’est réveillé avec une perte dont le silence pèse déjà lourd : Robert Mbwinga Bila n’est plus. Figure de proue d’un État aux équilibres précaires, l’homme avait su conjuguer, des décennies durant, rigueur universitaire et engagements politiques.
Ancien ministre des Affaires foncières, ex-vice-ministre des Affaires étrangères, ex-directeur général de la Régie des Voies Maritimes, professeur à l’Université de Kinshasa : Mbwinga Bila avait cette capacité rare de naviguer entre amphithéâtres et arcanes du pouvoir sans jamais rompre le fil de ses convictions.
Au Parlement, il siégeait sous les couleurs du PPRD. Mais ses combats dépassaient les clivages partisans. À l’Assemblée nationale, il n’était pas qu’un député ; il portait la voix d’un Congo souvent oublié, un Congo qui réclame des réformes, de la justice, un futur possible.
Sa voix était grave, posée, parfois tranchante, mais jamais gratuite. Dans les couloirs de l’université, comme dans ceux du pouvoir, il formait, interpellait, bâtissait. Combien d’étudiants, aujourd’hui cadres ou chercheurs, lui doivent d’avoir cru en leur propre lumière ?
La République démocratique du Congo perd bien plus qu’un ancien ministre. Elle perd un regard, une constance, un style. Mbwinga Bila, c’était aussi une certaine idée du service public. Une de celles qu’on redoute de ne plus retrouver.
Aujourd’hui, Kinshasa se tait un peu. Et ceux qui l’ont croisé, collègues, élèves, adversaires politiques même, s’accordent : Robert Mbwinga Bila n’était pas un homme ordinaire. Il fut de ceux qui comptent, même après le dernier mot.
LUKEKA KALUME