
L’implication directe de Washington dans l’accord validé le 4 décembre entre le Rwanda et la RDC, sous le regard de Donald Trump, à Washington, ne relève pas de l’improvisation.
Loin d’un coup diplomatique isolé, cette séquence s’inscrit dans la stratégie formelle du Bureau of African Affairs, dont les trois objectifs structurent désormais toutes les initiatives américaines dans la région des Grands Lacs : médiation politique, pression sécuritaire, architecture minière, corridor logistique et mise en place du partenariat stratégique USA–RDC.
Ce cadre doctrinal éclaire à la fois le timing serré du calendrier imposé par le partenariat USA–RDC, de la création du Joint Steering Committee (JSC) aux briefings trimestriels sur le cobalt, et le rôle central donné à l’ambassade américaine à Kinshasa. Il permet également de comprendre pourquoi l’administration Trump mise sur un rapprochement pragmatique entre le gouvernement et Kigali.
1) Commerce et minerais critiques : le premier moteur de Washington
Le Département d’État l’énonce sans détour : « Advancing trade and commercial ties with key African states. »
Pour les États-Unis, l’enjeu premier est économique. Il s’agit de sécuriser les chaînes d’approvisionnement, en particulier celles liées aux minerais critiques (cobalt, cuivre, germanium…), et d’ouvrir davantage le marché africain au secteur privé américain.
Dans ce contexte, l’accord du 27 juin, confirmé le 4 décembre, s’inscrit dans cette logique :
- création d’un Strategic Minerals Reserve,
- échanges structurés avec la RDC sur les quotas d’exportation,
- intégration du corridor Lobito dans la planification régionale,
- identification des “DRC Designated Strategic Projects” que le JSC devra examiner deux fois par an.
Washington considère que la stabilisation minière de la RDC passe par un encadrement institutionnel robuste, d’où le calendrier rigoureux imposé à Kinshasa pour transmettre la liste des actifs du SAR, organiser les réunions du JSC et préparer le Forum économique bilatéral.
2) Sécurité nationale : l’Est de la RDC comme enjeu américain
Le deuxième axe du Bureau des affaires africaines est explicite : « Protecting the United States from cross-border health and security threats. »
Derrière cette formulation, Washington place l’Est de la RDC dans la catégorie des zones à haut risque stratégique. L’avancée de l’AFC/M23, la montée des tensions régionales et la menace persistante de groupes armés (FDLR, mai-mai, ADF) sont perçues comme des facteurs pouvant perturber durablement les chaînes d’approvisionnement américaines.
Ainsi, pour l’administration Trump, la stabilité du Nord-Kivu et du Sud-Kivu n’est pas seulement humanitaire : elle conditionne l’accès sécurisé aux minerais rares.
C’est cette grille de lecture qui a poussé Washington à forcer le rapprochement Tshisekedi–Kagame et à accompagner la signature de l’accord dans une séquence diplomatique très médiatisée, à laquelle plusieurs chefs d’État de la région, Burundi, Kenya, Angola, Togo, avaient été conviés.
3) Gouvernance et stabilisation régionale : l’autre priorité de Washington
Le troisième objectif américain vise à « support key African states’ progress toward stability, citizen-responsive governance, and self-reliance. »

Dans ce cadre, l’accord Washington–Kinshasa–Kigali apparaît comme un outil de stabilisation régionale, tout comme :
- la médiation continue entre Tshisekedi et Kagame,
- les discussions sur la lutte contre les FDLR,
- la gestion diplomatique du dossier AFC/M23 à Doha,
- les engagements congolais sur la transparence minière et les réformes fiscales suivies par le JSC.
En affichant sa “profonde gratitude” le 4 décembre et en appelant le Rwanda à respecter “la lettre et l’esprit” de l’accord, le Président de la République Félix Tshisekedi s’est inscrit dans les attentes américaines : un État stable, coopérant sur les réformes, et capable de gouverner un secteur minier que Washington souhaite rendre lisible et prévisible.
L’ensemble du calendrier très structuré du partenariat USA–RDC, premiers briefings, réunions semestrielles, révisions annuelles, comité spécial sur Grand Inga, n’est que la traduction opérationnelle de ces trois piliers stratégiques.
LUKEKA KALUME