Virunga 100 ans | La RDC lance à Bruxelles le « Couloir Vert » Kinshasa‑Kivu pour transformer conservation et développement

À Meise, près de Bruxelles, la République démocratique du Congo a célébré le centenaire du parc national des Virunga en faisant de la commémoration un acte diplomatique et stratégique.

« Nous honorons les gardiens du parc et surtout nous ouvrons une nouvelle page », a déclaré la ministre de l’Environnement, faisant résonner à la fois hommage et ambition devant la famille royale belge et des représentants de l’Union européenne.

La cérémonie a servi de vitrine pour le projet phare annoncé : le Couloir Vert Kinshasa‑Kivu.

Le message principal est simple : conservation et développement peuvent aller de pair. Le « Modèle Virunga », fruit d’une décennie d’initiatives locales, combine protection de la biodiversité et création d’emplois par des filières locales énergie, cacao, enzymes et microcrédit.

« La conservation doit nourrir les peuples, pas les exclure », a rappelé un responsable de l’ICCN.

Sur le terrain, ce modèle a déjà permis d’atténuer la pauvreté dans certaines communautés riveraines et de créer des emplois pour les jeunes et les femmes.

Le Couloir Vert se présente comme une ambition d’échelle nationale et régionale : 2 600 km de tracé et 540 000 km² de surfaces concernées, selon les chiffres annoncés à Bruxelles.

« Connecter les blocs forestiers est une urgence climatique et une opportunité économique », a martelé le conseiller spécial du Président.

L’idée est de restaurer des paysages, de sécuriser des écosystèmes et de valoriser les services écosystémiques stockage du carbone, eau, biodiversité au bénéfice des populations locales et des marchés internationaux.

Les annonces sont porteuses, mais les défis restent immenses. La sécurité à l’Est, la gouvernance foncière, la coordination interinstitutionnelle et la capacité à mobiliser des financements longs sont des obstacles concrets.

« Les promesses valent quand elles trouvent des financements transparents et des mécanismes de suivi », avertit une experte en conservation.

Sur ce point, des clarifications sont attendues : montants engagés, calendrier, institutions responsables et modalités de participation des communautés.

La portée diplomatique de la cérémonie ne doit pas masquer la nécessité d’un ancrage local. Le Centenaire rappelle aussi le prix payé par les éco‑gardes : morts, menaces et sacrifices pour préserver ce patrimoine inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

« Honorer les victimes, c’est aussi garantir leurs familles et les communautés », a insisté la ministre, en appelant à des mécanismes sociaux et économiques concrets pour les riverains.

En rappel, la RDC a déjà revendiqué son statut de « pays‑solution » lors des COP récentes et obtenu des promesses politiques et financières. Des projets pilotes d’énergies renouvelables et d’agroforesterie ont montré des résultats locaux mesurables. Mais l’histoire récente montre que la difficulté est de monter en échelle ces succès et d’assurer la transparence dans l’utilisation des fonds internationaux.

« Nous avons des acquis ; il faut désormais les transformer en politiques nationales et en résultats vérifiables », conclut un économiste environnemental.

Pour que le Couloir Vert ne reste pas un joli concept diplomatique, trois priorités s’imposent. D’abord, publier un plan opérationnel détaillé avec calendrier et budgets. Ensuite, garantir la sécurité juridique et foncière des communautés pour éviter les conflits d’usage. Enfin, instituer un mécanisme de suivi indépendant, transparent et public des financements et des impacts environnementaux. Si ces conditions sont réunies, la RDC peut effectivement transformer sa richesse naturelle en moteur de développement durable et renforcer sa crédibilité internationale.

Willy Ulengu Samuanda

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