Par Kigali jusqu’à Goma occupée : le retour de Kabila relance les soupçons de collusion

Il a choisi de revenir par Kigali. Oui, Joseph Kabila, ancien président, a atterri en douce par la capitale rwandaise — pays parrainant les rebelles du M23/AFC — avant de rejoindre Goma, cette semaine. Un passage frontalier qui fait déjà grincer des dents dans les cercles du pouvoir et relance les soupçons d’ambiguïté, voire de duplicité, sur les intentions de l’homme fort de Kinshasa entre 2001 et 2019.

Depuis l’Afrique australe où il s’était retiré en 2024, Kabila préparait son retour. Il l’avait annoncé récemment le 8 avril de cette année dans une déclaration transmise à plusieurs médias internationaux. Motif invoqué : la « déliquescence des institutions » et la « dégradation sécuritaire » dans l’Est du pays.

« J’ai pris la résolution de rentrer, sans délai », écrivait-il.

Le choix de Goma comme point d’ancrage ne doit rien au hasard : c’est dans cette région en proie à une guerre larvée que l’ancien chef de l’État veut rejouer sa partition.

Mais à Kinshasa, personne n’a oublié les mots de Félix Tshisekedi. À Munich, en février dernier, lors d’une conférence sur la sécurité, le Président de la République avait clairement désigné Kabila comme “commanditaire” d’une opposition armée favorable au Rwanda. Et à la radio Top Congo, il allait plus loin : Kabila préparait une insurrection armée. Une thèse également défendue par Jean-Pierre Bemba, ex-ministre de la défense, qui promet de sortir des « preuves ».

Un nom revient sans cesse : Éric Nkuba Shibantu, proche de Corneille Nangaa et conseiller stratégique du mouvement rebelle AFC. Lors de sa capture par les FARDC, en avril 2024, il avait cité Kabila parmi les contacts militaires du mouvement. Les observateurs, eux, voient rouge : comment un ancien Président peut-il passer par le territoire ennemi, celui-là même qui tue, viole, pille, et morcelle la RDC ?

En coulisses, le retour de Kabila réactive aussi les manœuvres politiques. Son parti, le PPRD, célèbrait dernièrement ses 23 ans et veut se remettre en selle. Une résurrection sous tension. Car si Kabila revient, c’est aussi pour reconquérir — ou défendre — un héritage. Sauf que le contexte n’est plus celui de 2006. Entre temps, des milliers de morts, une rébellion ravivée, un pays en miettes.

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