Transports à Kinshasa | La régulation routière sous le feu des critiques pour sa « gouvernance sélective »

Dans la vibrante et chaotique capitale congolaise, la gestion du trafic routier est un défi quotidien. Pourtant, une décision récente du ministre provincial des Transports, Jésus Noël Sheke wa Domene, a soulevé un vent de controverse et d’interrogations quant à l’équité de la régulation routière

 

Alors que les automobilistes continuent de faire face à des contrôles répétés et à des tracasseries administratives, les conducteurs de motos-taxis, surnommés « Wewa », semblent bénéficier d’une soudaine clémence.

Dans un communiqué officiel, le ministre provincial des Transports a annoncé la « suspension immédiate de toutes les opérations spécifiques menées contre les Wewa ». Cette mesure, qui s’applique à l’ensemble des 24 communes de Kinshasa, vise officiellement à « dissiper toute confusion entretenue dans l’opinion ». Il s’agit concrètement de mettre un terme aux opérations d’identification, d’apposition d’autocollants, de numérotation et aux contrôles sectoriels ciblés sur les motos-taxis.

Cependant, cette décision tranche radicalement avec la pression constante exercée sur les conducteurs de véhicules particuliers et de transports en commun. Ces derniers continuent d’être soumis à une batterie de contrôles : vérification des documents de bord, conformité technique des véhicules, paiement de diverses taxes, etc. Sur les grands axes comme dans les quartiers périphériques, les automobilistes dénoncent une « régulation à géométrie variable », où l’État semble montrer sa fermeté d’un côté tout en desserrant l’étreinte de l’autre.

Le cœur de la polémique réside dans la perception d’un double standard. La « Mission mixte permanente de régulation routière », une initiative lancée par le gouverneur de Kinshasa dans le but de « restaurer l’ordre, la discipline et l’autorité de l’État sur la voie publique », continue, selon plusieurs témoignages, de mener ses activités. Pendant que les opérations dédiées aux motos-taxis sont mises entre parenthèses, cette mission semble maintenir une vigilance accrue sur les autres usagers de la route.

La question n’est pas de nier la nécessité d’organiser le secteur des motos-taxis. Ces dernières sont devenues un mode de transport vital dans une métropole où le transport public structurel demeure défaillant, desservant des zones parfois inaccessibles aux autres véhicules. Le problème, soulevé par de nombreux Kinois, est de comprendre pourquoi la rigueur administrative semble s’appliquer avec une telle intensité à certains acteurs du transport, tandis que d’autres bénéficient d’une mansuétude inattendue.

Cette oscillation entre démonstration d’autorité et retrait stratégique alimente l’impression d’une gouvernance sélective. Dans une ville de plus de dix millions d’habitants, où la fluidité du trafic et la sécurité routière sont des enjeux majeurs, la cohérence des règles devrait être la norme. Les décisions prises par les autorités provinciales semblent, une fois de plus, aller à l’encontre de ce principe fondamental.

Les automobilistes appellent à une clarification des autorités et à une application uniforme des règles de circulation. L’enjeu est de taille : rétablir la confiance des citoyens dans la capacité de l’État à gérer équitablement l’espace public et à assurer la sécurité de tous, sans distinction ni favoritisme.

 

Willy Ulengu Samuanda

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