
En République démocratique du Congo, la lutte contre la pollution plastique prend un nouveau tournant. À travers une campagne digitale lancée le 10 août, l’organisation AICED alerte sur les risques liés aux plastiques et à certaines substances chimiques qu’ils peuvent contenir. Son message est clair : réduire les déchets plastiques ne relève plus seulement de la protection de l’environnement, mais doit aussi s’inscrire dans une réflexion sur la santé publique.
« La pollution plastique ne s’arrête pas à l’environnement », défend AICED, qui appelle les Congolais à revoir progressivement certaines habitudes de consommation. L’organisation met particulièrement en garde contre l’utilisation de contenants plastiques dans des situations où ils sont exposés à la chaleur ou mis directement en contact avec des aliments.
Sur ce point, la littérature scientifique apporte un élément important. Des études montrent que des substances présentes dans les matériaux d’emballage peuvent migrer vers les aliments. Une revue publiée en 2025 conclut notamment que des phtalates et des bisphénols peuvent migrer depuis certains emballages alimentaires, avec une migration susceptible d’augmenter selon la température, la durée du contact et la composition des aliments. « La chaleur et les conditions de contact comptent », résume la littérature scientifique.
Les plastiques ne posent toutefois pas tous le même niveau de risque et il serait trompeur de présenter chaque bouteille, assiette ou récipient en plastique comme automatiquement dangereux. Le risque dépend du matériau, de sa composition, de son usage et des conditions dans lesquelles il est utilisé. Une revue scientifique souligne d’ailleurs la complexité des substances chimiques associées aux emballages plastiques et les différences importantes entre les produits. « Il faut donc informer sans créer de panique », impose le principe de prudence scientifique.
L’autre sujet soulevé par AICED concerne les microplastiques. Ces particules issues notamment de la dégradation des plastiques sont désormais largement étudiées par les scientifiques. L’Organisation mondiale de la santé reconnaît leur présence dans l’environnement, l’eau, certains aliments et l’air, tout en soulignant que les données disponibles restent insuffisantes pour établir avec certitude l’ensemble de leurs effets sur la santé humaine. « La question scientifique n’est plus leur présence, mais surtout l’ampleur réelle de leurs effets », rappelle l’état actuel des connaissances.
Des microplastiques ont effectivement été identifiés dans plusieurs échantillons biologiques humains. Une revue systématique consacrée à la santé reproductive a confirmé leur détection dans des échantillons placentaires et dans le méconium. Mais les chercheurs soulignent également l’insuffisance des données pour établir un lien causal entre cette exposition et des problèmes de fertilité ou de grossesse. « Présence ne signifie pas automatiquement maladie », une distinction essentielle pour éviter les raccourcis dans le débat public.
L’inquiétude porte également sur les additifs chimiques utilisés pour donner aux plastiques leurs propriétés particulières. Le Programme des Nations unies pour l’environnement indique que certaines substances associées aux plastiques peuvent interférer avec le système hormonal et présenter des risques pour la santé humaine et les écosystèmes. « La gestion des substances chimiques est devenue une composante centrale de la lutte contre la pollution plastique », estime l’ONU Environnement.
C’est dans cette perspective qu’AICED encourage les ménages à réduire l’utilisation des plastiques lorsque des alternatives durables sont disponibles. L’organisation cite notamment les récipients et ustensiles réutilisables comme pistes de changement dans les habitudes quotidiennes. « Un changement individuel peut contribuer à une réponse collective », soutient l’organisation.
Mais la responsabilité ne peut pas reposer uniquement sur les consommateurs. La réduction de la pollution plastique exige également des politiques publiques, un meilleur contrôle des produits, une gestion efficace des déchets, une information accessible et des recherches adaptées au contexte congolais. L’OMS considère d’ailleurs que les risques liés aux plastiques doivent être examinés tout au long de leur cycle de vie, de leur production à leur élimination. « La prévention doit commencer avant que le déchet n’arrive dans la rue ou dans la rivière », souligne cette approche.
Pour la RDC, le défi est particulièrement important. La réduction des déchets plastiques touche à la fois l’assainissement urbain, la protection des cours d’eau, la biodiversité, la gestion des déchets et la santé des populations. Les campagnes de sensibilisation peuvent contribuer à changer les comportements, mais elles devront être accompagnées de solutions concrètes permettant aux citoyens de remplacer progressivement les usages les plus problématiques.
La mobilisation d’AICED intervient ainsi dans un débat international qui dépasse largement les frontières congolaises. L’OMS travaille désormais explicitement sur les questions de santé liées aux plastiques, tandis que l’ONU Environnement appelle à une action mondiale sur les produits chimiques associés aux plastiques. « La bataille contre le plastique est désormais aussi une bataille sur les substances chimiques qu’il contient », résume l’évolution du débat international.
Pour les prochaines années, l’enjeu sera de transformer les campagnes de sensibilisation en politiques durables. La RDC devra notamment renforcer l’information des consommateurs, développer des alternatives accessibles, améliorer la gestion des déchets et encourager la recherche sur l’exposition réelle des populations congolaises aux plastiques et aux substances chimiques associées.
L’alerte lancée par AICED rappelle finalement une réalité simple : le plastique est devenu indispensable dans de nombreux secteurs, mais son utilisation massive et son élimination incontrôlée ont un coût environnemental évident. Sur le terrain sanitaire, la science appelle encore à la prudence et à davantage de recherches. La priorité n’est donc pas de faire peur, mais de mieux informer, réduire les expositions évitables et donner aux citoyens comme aux autorités les moyens d’agir. Le véritable enjeu pour la RDC sera désormais de passer de la prise de conscience à des changements durables dans les pratiques et les politiques publiques.
Willy Ulengu Samuanda