Ituri | Le tandem Kakese-Nzonde au chevet de la Sokimo, entre héritage plombé et impératif de relance

Pour leur baptême du feu en province, les nouveaux dirigeants de la Société Minière de Kilo-Moto (Sokimo) ont choisi le face-à-face avec la base. François Kakese et Yannick Nzonde tentent de désamorcer une crise de confiance latente. Mais au-delà de l’accueil chaleureux, la rédaction de Sasa studio a confronté les promesses de gouvernance aux réalités structurelles d’un géant aux pieds d’argile.

L’ambiance était aux civilités, ce lundi, à Bunia. Pourtant, derrière les sourires de circonstance, la mission d’itinérance de François Kakese (PCA) et Yannick Nzonde (DG) s’apparente à une opération de déminage. Pour leur première sortie officielle, le duo de tête a délaissé les lambris dorés de Kinshasa pour s’immerger dans les réalités de l’Ituri. L’objectif affiché : auditer les forces vives et évaluer, sans filtre, l’état de déliquescence ou de résilience de cet ancien fleuron de l’industrie minière congolaise.

Au cours d’échanges musclés avec les représentations syndicales, les dossiers brûlants ont été déballés : arriérés de salaires, vétusté de l’outil de production et flou persistant sur certains partenariats amodiés. Pour la nouvelle direction, le défi ne consiste pas seulement à restructurer, mais à réformer la culture managériale pour passer d’une gestion de survie à une logique de performance.

Entre discours de rupture et contraintes réelles
Dans notre mission de lutte contre la mésinformation, nous avons soumis les annonces de cette mission à une vérification rigoureuse auprès de sources administratives et sectorielles :

* La Sokimo est-elle en faillite technique ? Si les actifs miniers restent parmi les plus riches de la région (Kilo-Moto), la capacité d’autofinancement est quasi nulle. Les rumeurs d’une reprise immédiate de la production industrielle, les sources syndicales confirment que le climat social est le principal verrou. Sans apurement des passifs sociaux, aucune réforme technique ne pourra être pérennisée.
* Gouvernance inclusive ou effet d’annonce ? La nomination de nouveaux dirigeants est un fait officiel, mais la « transparence » promise devra passer par un audit certifié des contrats de sous-traitance, un point sur lequel la direction est restée prudente.

L’heure de vérité
Le pragmatisme affiché par le tandem Kakese-Nzonde marque une rupture de style. Toutefois, dans une province de l’Ituri où les enjeux sécuritaires s’invitent souvent dans l’équation minière, la Sokimo ne pourra renaître que si l’État garantit un environnement propice. La « proximité » vantée à Bunia devra rapidement se muer en investissements capacitaires, sous peine de voir cette mission classée au rayon des simples exercices de relations publiques.

Dan Banze Lwaba

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